vendredi 25 mai 2018

Faits

Après le gros coup de coeur de Sur la scène intérieure , il me fallait connaître mieux cet auteur. Voilà que je m'attaque à la série de Faits.


Faits
Lecture courante à l'usage des grands débutants
Marcel Cohen
Gallimard, 2002


Grands débutants? Jeunes débutants? Mieux vaut s'être déjà frotté à la lecture par ailleurs. Il s'agit de courts textes d'une à trois pages, sans une trace de gras, direct au fait, et qui, pour ce que j'en ai compris, sont tirés de l'imagination (fertile)  de l'auteur, ou bien inspirés de "faits" précis, et mis en scène par Marcel Cohen, souvent sous forme de dialogues ou bien de listes. Par exemple "Notes en vue d'une étude systématique sur l'exploitation pécuniaire des victimes", filant de mars 1939 en Allemagne à mai 1999 au Kosovo, en passant par la Chine et le Rwanda, des faits réels, ahurissants. D'autres, réels aussi, sont plus anecdotiques.
Parfois absurdes, ou plus poétiques, mais toujours fascinants.

Puis j'ai enchaîné sans trop souffler avec Faits, II et Faits, III, suite et fin. Même plaisir, même fascination. Toujours quelques références en fin de volume. Les textes de Faits III peuvent s'envoler jusqu'à une quinzaine de pages... Certains thèmes reviennent, seconde guerre mondiale et les camps, et des informations incroyables sur les porte-containers (si!). La durée d'interprétation de l'adagio K 540 de Mozart passant du simple au double suivant l'interprète... Et ces inconnus imaginés je pense par l'auteur, scrutés dans un moment de fragilité.

A découvrir, bien sûr.

Et le  challenge de Philippe

mercredi 23 mai 2018

Les saisons indisciplinées

Les saisons indisciplinées
Henri Roorda
Allia, 2013



Un (gros) volume sur les étagères de la médiathèque, en quatrième de couverture une citation "Puisque la vie est courte, les livres devraient être minces." Comment résister? Surtout que ce (gros) volume contient en fait des chroniques (courtes, deux pages en majorité), parues  dans la Tribune de Genève ou  la Gazette de Lausanne entre 1917  et 1925.

Quid de l'auteur? Né à Bruxelles en 1870, mort à Lausanne en 1925, écrivain et professeur de mathématiques (il fallait bien vivre), il est connu comme pédagogue libertaire, humoriste non dénué de pessimisme, un poil anarchiste - bref, à découvrir!

Il y a du Vialatte dans ces textes, et donc de l'ironie, de l'humour pince sans rire et du second degré, et des thèmes de réflexion. L'homme savait observer et réfléchir. Vu l'époque, il n'épargne pas ses flèches contre la guerre et ceux qui la décident. Parfois son côté matheux prend le dessus, lorsqu'il demande si les nombres entiers sont plus nombreux que les nombres pairs.

"Quelques-uns de nos contemporains comptent sûrement parmi leurs ancêtres des hommes qui vivaient au début du seizième siècle. C'est même le cas de la plupart d'entre eux."

"Dans bien des cas, le bruit que provoque l'apparition des livres médiocres fait oublier les bons."

"Les premières vagues authentiques furent des vagues de froid, signalées par les météorologistes.  Les Anciens, s'il faut en croire Aristote, distinguaient déjà le froid du chaud. Mais, vivant à une époque où la Science balbutiait ses premiers mots, ils avaient froid sans savoir qu'une vague passait sur eux. (je remarque, en passant, que nos spécialistes se sont occupés des vagues de froid bien avant de s'intéresser aux vagues de chaleur. Il serait utile, à ce propos, de rechercher par qui ils sont payés. Ce sera le sujet d'une autre causerie.
(...) Je n'ai pas besoin de rappeler les deux grandes vagues d'héroïsme qui, quatre ans de suite, s'affrontèrent violemment, en reformant sans cesse une longue crête  d'écume sanglante."

... et j'ai noté quelques 'remonte à la plus haute Antiquité' de bon aloi.

Et le  challenge de Philippe

lundi 21 mai 2018

Les fleurs ne saignent pas

Les fleurs ne saignent pas
Las flores no sangran
Alexis Ravelo
Mirobole éditions, 2016
Traduit par Amandine Py



Les Canaries...Soleil, plages, tout ça...
A oublier! 
Parce que ce roman va se révéler bien noir.
Prenons Diego le Marquis, sa copine Lola, leurs amis Paco le Sauvage et Le Foncedé. Ils vivotent de petits larcins, d'arnaques et autres. Rien de bien méchant, sauf pour leurs victimes.
D'un autre côté, il y a des riches, don Isidro Padron, ne regardant pas de trop près à l'origine de l'argent. Sale, quand c'est la mafia russe, et arrangements avec les politiciens du coin.
Voilà que, convaincus par le chauffeur d'Isidro Padron, la bande décide d'enlever Diana, fille chérie d'Isidro, contre rançon bien sûr.
Dès le début on le sait, il y aura du cadavre.

Une jolie bande de branquignols à la Dortmunder, des projets au-delà de leurs habitudes et capacités semble-t-il, voilà qui réjouit -au départ- surtout que l'on sent bien que, selon les règles du genre, ça ne va pas marcher comme prévu. Gagné! Un découpage efficace conduit le lecteur dans une histoire qui finalement va lui laisser un goût amer. J'ai beaucoup aimé, cela dit.

Les avis de nyctalopes, cafardsathome

Merci ma bibli.

Toujours le  challenge de Philippe

vendredi 18 mai 2018

Un siècle américain : Nos premiers jours / Nos révolutions / Golden age

Auteur de la trilogie intitulée Un siècle américain, Jane Smiley était présente au festival America 2016. J'en ai donc profité pour acquérir le tome 1 (paru en 2016 chez Rivages), le tome 2 (à paraître en 2018 chez Rivages) et le tome 3. Le tout en VO. Dans les 2000 pages en tout. (Voilà voilà)


Nos premiers jours
Some Luck
Jane Smiley
Rivages, 2016
Traduit par Carine Chichereau
Parution en poche mai 2018


L'idée, simple, mais il fallait y penser, et avoir du talent pour ne pas lasser, c'est : "une année, un chapitre", de 1920 à 1953, aux Etats Unis. Rosanna et Walter Langdon sont jeunes mariés et fermiers dans l'Iowa. Au départ, ni eau ni électricité, les chevaux  tirent carrioles et charrues, la vie est rude mais pas déplaisante. Le cercle familial est soudé et jamais loin, l'on vit quasiment en autarcie. Rosanna accouche à la ferme, sauf de la petite dernière en 1939. Au travers de l'histoire des Langdon défile celle de nombreux américains ruraux, avec l'arrivée du progrès : automobile, tracteur, salle de bains à la maison, recherche des meilleurs rendements dans les champs.

L'on peut penser qu'il ne se passe rien d'exceptionnel et on aura raison, mais c'est le plaisir de ce roman, c'est reposant de suivre les personnages sur des décennies sans que l'auteur ressente le besoin d'ajouter violence et drame. Oui, des deuils, parfois douloureux, des départs quand les enfants vont étudier et vivre ailleurs. Mais la tribu se retrouve souvent dans la ferme d'origine.

Des très beaux passages où le monde est décrit à hauteur (si l'on peut dire) de bébé. Une façon simple aussi et efficace de présenter l'évolution des soins aux bébés (allaitement/biberon, horaires stricts ou pas). Il faut aussi réaliser que tous les enfants auront l'occasion de poursuivre des études longues, même si l'un des fils choisira de reprendre la ferme.

Le monde continue aussi à tourner, l'un des fils participe en Europe à la seconde guerre mondiale; c'est la guerre froide ensuite, Staline est l'ennemi; les grandes sécheresses des années 30 touchent la ferme.

Les avis de clara, cathulu,

Nos révolutions
Early Warning, 2015
Jane Smiley
Rivages, 2018
Traduit par Carine Chichereau

C'est reparti, de 1953 à 1986. Cette fois les enfants Langdon s'installent à l'est ou l'ouest des Etats Unis, une nouvelle génération naît.
Important : un arbre généalogique est fourni dans les premières pages, mais sans dates de décès (!) et sans spoiler, ouf, très utile pour les petites cervelles. Cependant Jane Smiley a le chic pour qu'on ne s'y perde pas dans les personnages, et toujours pour se glisser dans la tête de l'un ou de l'autre.

Dans ce volume : la peur de la bombe atomique, la guerre du Vietnam, le drame du Guyana, et l'émergence du SIDA, l'évolution de l'agriculture, mais sans appuyer, et lorsqu'ils touchent un personnage.
Les femmes découvrent la pilule. Une fille Langdon divorce. Les jumeaux ne peuvent se supporter, et ça va loin. Mais qui est Charlie?
La ferme de l'Iowa sera-t-elle reprise par un membre de la famille?

Ce deuxième volume, sans doute plus varié, a été très agréable à lire et parfois émouvant. Certains personnages sont plus étoffés, et je continue vers le tome 3!

Question : enchaîner les lectures, oui ou non? Pour ma part j'ai lu sans m'arrêter (deux chapitres par jour, ce qui permet de lire d'autres livres en parallèle), c'est mieux pour ne pas s'y perdre. Raison aussi pour laquelle j'ai acquis la trilogie une fois terminée. Mais l'arbre généalogique permet de s'y retrouver.

Les avis de cathulu,

Un jour le tome 3 et dernier sera traduit, j'en parle donc rapidement.

Golden age
Jane Smiley
Picador, 2015

L'arbre généalogique s'étoffe, permettant de répondre à la question "heu c'est qui celui-là déjà?", mais en fait la lecture se passe bien. Les années s'écoulent, de 1987 à 2019 (!). j'attendais l'auteur sur ces années 'du futur proche', elle s'est bien gardée de donner le nom du président des Etats Unis (juste qu'il est républicain). Le dérèglement climatique s'accélère vraiment beaucoup, rendant certaines zones du pays pratiquement inhabitables (ouragans, sécheresses, violence et pauvreté)

Au fils du temps les relations entre certains personnages se sont apaisées, quitte à maintenir un petit éloignement. J'ai bien aimé Andy, finalement, traversant le siècle, quant aux jumeaux Richie et Michaël, avec eux le flou demeure.

Passer d'un personnage à l'autre pouvait se révéler risqué, mais à chaque fois l'intérêt rebondit, permettant (pour moi en tout cas) de me sortir de brumeuses allusions à l'histoire politique américaine, heureusement peu fréquentes. J'aurais sans doute aimé en savoir plus sur certains personnages, mais c'est le jeu dans ce type de saga. Ajoutons que Jane Smiley peut manier humour et émotion, mais sans en faire des tonnes (ouf)

mercredi 16 mai 2018

L'amour après

L'amour après
Marceline Loridan-Ivens
avec Judith Perrignon
Grasset, 2018


L'amour après quoi? (pour ceux qui ne connaissent pas (encore) l'auteur). Hé bien, les camps. Non, ne fuyez pas, c'est encore un livre formidable et incontournable que nous offre Marceline Loridan-Ivens.

"Il n'y eut, après les camps, plus aucun donneur d'ordres dans ma vie."

Un jour elle ouvre une valise rangée chez elle, et cinquante ans après retrouve des lettres d'amis, d'amants, de son premier mari. Les souvenirs défilent pour nous lecteurs. On sent une femme droite dans ses bottes, décidée à vivre à 200 à l'heure, sans langue de bois. Ne pas s'attendre à des révélations trop intimes." Il m'a fallu du temps pour comprendre que le plaisir vient du fantasme, puis de l'abandon. J'avais peur de l'abandon, c'était l'une des pires choses au camp, se relâcher, abandonner la lutte de chaque jour, flirter avec volupté vers l'idée que tout vous est égal, et devenir une loque qui n'attend plus que la mise à mort". Elle nous parle aussi avec émotion de Simone (Veil), d'ailleurs elle est restée en contact plus ou moins rapproché avec les jeunes femmes connues 'là-bas'.
C'est du franco, à prendre comme elle est. Même l'amour vécu avec Joris Ivens sera non conventionnel.

Les avis de Sans connivence, Eva,

et toujours le challenge de Philippe