lundi 27 mars 2017

Un monde sans moi

Un monde sans moi
Franck Lucas
Erick Bonnier, 2017



Quand j'ai reçu ce (court) roman, je me suis plongée dedans sans lire la quatrième de couverture, observant juste sa couverture élégante d'aspect quoique un poil sérieuse (mais j'adore ce vert). Un homme raconte sa vie, mais attention, pas dans l'ordre chronologique, et pas dans tous ses détails la plupart du temps. Orphelin de père très tôt, dans une famille devenue peu aisée, il s'engage très jeune, par envie de servir son pays, mais aussi suite à un chagrin d'amour. La guerre d'Indochine, celle d'Algérie, les renseignements pour finir.

Je ne dévoile pas grand chose, j'espère, ce qui compte est le ton de ce grand taiseux (pas étonnant non plus qu'il ait intégré la grande muette?), nostalgique, mélancolique et dois-je le dire un peu moderato par instants. J'aurais aimé en savoir plus sur la vie de Madame de P., l'histoire de Jean est narrée d'une façon que j'aurais aimé retrouver plus souvent dans le livre, les amours avec Marie sont évoquées délicatement, bref c'est bien écrit; mais je me suis sentie extérieure à l'histoire la plupart du temps, en dépit d'un bon découpage, et de l'arrivée de faits nouveaux au fil de la lecture.

L'auteur s'est inspiré de la vie de ses parents, et il semble que ce soit son premier roman. Les qualités de ce premier opus sont prometteuses pour la suite. Il se trouve que son charme pourtant présent n'a pas agi totalement sur moi, sans doute ces guerres lointaines ne m'ont pas trop parlé, mais une écriture de bonne tenue et la maîtrise d'une chronologie un peu éclatée sont des atouts qui demeureront.

Et de justesse pour le challenge Lire sous la contrainte
Je n'aurais jamais pensé que cette contrainte là soit si difficile! Les hasards de la PAL...

vendredi 24 mars 2017

Dictionnaire amoureux des Écrivains et de la Littérature


Dictionnaire amoureux des Écrivains et de la Littérature
Pierre Assouline
Plon, 2016



Faut-il présenter ces Dictionnaires amoureux? Écrits par des amoureux du sujet, spécialistes certainement, en tout cas bien placés pour l'évoquer, faisant preuve d'un enthousiasme communicatif et d'un réjouissant manque d'objectivité dans le choix des entrées, le tout forcément non exhaustif. Pierre Assouline assume totalement.

Ce pavé maousse costaud de près de 900 pages (c'est la règle du genre) permet de découvrir ou redécouvrir des auteurs, mais aussi des éditeurs (jolies coïncidences avec mes lectures de Bessard-Blanquy), des journalistes écrivains, des écrivains voyageurs et même des politiques (De Gaulle aurait mérité un meilleur destin d'homme de lettres, quasiment plus que Churchill). On peut le lire de A à Z dans l'ordre, ou bien flâner dans le désordre.

Pierre Assouline est l'auteur (entre autres) d'une biographie de Simenon, et - c'est heureux pour lui- ne tarit pas d'éloges sur lui. Shakespeare et Proust ont droit à de belles pages, d'autres sont absents. Même si certains continuent à ne pas me tenter, d'autres ont intégré ma liste à lire, c'était le risque - assumé d'emblée.

Quelques graines picorées

"La lecture étant avant tout affaire de bonheur et de plaisir personnels, quand un livre vous ennuie il faut le lâcher car c'est signe qu'il n'a pas été écrit pour vous." Si Borges le dit...

Quel bonheur de retrouver Jean-Bertrand Pontalis dont l'excellente collection 'L'un et l'autre' a cessé avec lui, selon sa volonté. Elle m'a donné des coups de coeur, cette collection, tels Sur la scène intérieure, de Marcel Cohen (oui, oui, lire Faits, aussi!) et Une langue venue d'ailleurs d'Akira Mizubayashi.

Revoilà Albert Cossery, je dis revoilà car je l'avais croisé chez Bessard-Blanquy (la vie de lecteur n'est que coïncidences, surtout lorsqu'il s'agit d'ajouter des lectures), alors j'ai noté Mendiants et Orgueilleux. Idem pour Claudio Magris et son Danube. J'ai peut-être l'air de réinventer la roue, mais c'est du bonheur de savoir qu'il y a encore tant à lire! LTI de Victor Klemperer (mais où en avais-je entendu parler?) revient en scène, deux pavés quand même... Et Robert Walser.

Où j'apprends que la collection de la Pléiade n'a rien à voir avec Ronsard, mais vient du russe pleida signifiant groupe.

Un incontournable pour le lecteur vorace.

mercredi 22 mars 2017

La guerre des familles (les princes-marchands 4)

La guerre des familles
The merchant's war
Les princes-marchands 4
Charles Stross
Robert Laffont, Ailleurs & Demain, 2011
Traduit par Patrick Dusoulier



En découvrant Une affaire de famille, et Un secret de famille, déjà en 2009..., je croyais naïvement que c'était une trilogie. Las,  Familles et Cie, le tome 3, se terminait sur un cliffhanger dont je pressentais l'issue heureuse pour l'héroïne. Je connais quand même les codes de ce genre de littérature.

J'avais raison, Myriam Beckstein s'en sort.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'il existe déjà trois autres tomes parus (non traduits, mais ce n'est pas un problème) et deux autres à paraître. Rien en français depuis 2011, ça sent mauvais! L'auteur est né en 1964, on peut donc penser qu'il ne va pas laisser ses lecteurs en plan, mais bon, quoi, quand même, Charlie, va falloir penser à terminer!

La bonne nouvelle, c'est que même si l'on sait que le mot fin n'est pas pour aujourd'hui, ça reste une excellente série, extrêmement bien faite et addictive. D'accord, c'est pour les fans de mondes parallèles, avec un poil d'humour et d'action, un découpage à suspense, et des potentialités justifiant ces tomes à venir. Livre plutôt détente, idéal pour grand voyage ou journée pluvieuse, et après tout on s'en fiche que le bout soit si lointain... En attendant, on s'amuse bien.

Juste au cas où j'aurais convaincu quelqu'un de s'y lancer, un bref aperçu de mes billets précédents:
Myriam a découvert qu'en regardant un dessin sur un médaillon elle pouvait accéder à un monde parallèle dont sa famille est originaire.
" Un monde médiéval. Un monde dans lequel le christianisme n'est jamais devenu la religion officielle à Rome, où le haut Moyen-Age a duré plus longtemps, et où l'émigration scandinave a atteint cette côte et s'y est implantée jusqu'aux Appalaches, tandis que l'Empire chinois occupe l'Ouest. "

Son retour dans ce monde n'a pas plu à tous et au moins deux groupes différents essaient de la tuer. Elle trouve sur un de ses agresseurs un médaillon présentant un dessin légèrement différent et qui lui donne accès à (encore) un autre monde parallèle.
" Ils ont eu deux guerres mondiales - mais ils ont combattu avec des vaisseaux en bois et des ballons dirigeables. (...). Ils connaissant l'origine microbienne des maladies, et ils ont des voitures à vapeur.(...).La révolution industrielle a été retardée - ils en sont au niveau des années 30 en ce qui concerne l'électronique."
Existe en poche (ça c'est de la couv')

lundi 20 mars 2017

Dans les prairies étoilées

Dans les prairies étoilées
Marie-Sabine Roger
la brune au rouergue, 2016


Merlin est auteur de bandes dessinée; sa série Wild Oregon en est déjà au tome XIII (je vois ça comme Valerian et Laureline, pour l'ambiance, en plus western peut-être?) et fignole aussi des aquarelles d'oiseaux. Pas de quoi rouler sur l'or, mais assez pour acheter une grande bâtisse au fin fond de la campagne, avec travaux sans fin à la clé. Il est follement amoureux de sa compagne, Prune.

Jusqu'au jour où meurt Laurent, l'ami de presque toujours, inspirateur de son héros Jim Oregon, et Merlin va se retrouver plongé dans de grands questionnements sur la suite de sa série. "Jim Oregon arpentera à jamais les prairies étoilées", ou bien?

Avec Marie-Sabine Roger, c'est l'assurance d'un roman plutôt feel good, avec des gentils sympathiques, bourrés d'autodérision, où les méchants sont rares et plus ridicules que méchants. En plus ici, deux chats, dont Cirrhose absolument bien rendu mais à éviter si l'on tient à ses mains, et l'art de boire du whisky. De bons moments entre potes. La vie d'un créateur de BD.

De jolis passages au détour d'une page
"des oiseaux (...) affublés, pour certains, de noms invraisemblables -Tadorne de belon, Fuligule Milouin - que l'on croirait sortis d'un roman social du XIXe siècle, jeunes nobles ruinés au jeu, ou tristes clercs de notaire mielleux."

Des descriptions
"Lolie et Genaro, c'est le monde merveilleux des contes pour enfants, dans lequel les gentils sont gentils, bêtement. Ils m'agacent parfois avec leur idéal militant d'une vie dans laquelle chaque citoyen adopterait un sdf, un chien perdu, un réfugié, un viticulteur bio, une grand-mère, parrainerait un enfant à l'autre bout du monde et donnerait au WWF. Ils croient que les gens sont généreux, pour peu qu'on leur laisse le choix. Ils sont de toutes les bonnes causes, de toutes les pétitions, de toutes les manifs. Ce sont des intégristes de la démocratie. Ils font encore confiance aux hommes politiques. Cons comme des poussins qui voteraient Renard.
C'est aussi pour ça que je les aime."

Là où j'émettrais quelques bémols, c'est quand les métaphores sont filées parfois un peu longuement et que les chapitres se terminent parfois - à mon goût- de façon sentencieuse. Mais le joli brin de fantaisie qui court le long des pages fait oublier cela.

Les avis de clara,

vendredi 17 mars 2017

Les nains de la mort

Les nains de la mort
The Dwarves of death, 1990
Jonathan Coe
Gallimard, 2001
Traduit par Jean-François Ménard



C'est sûr, à côté de Testament à l'anglaise, ces nains de la mort peuvent paraître moins grandioses, mais, mais... A y réfléchir, l'ambiance douce-amère du roman vous poursuit longtemps, et certains passages sont carrément d'anthologie. Aaaaah attendre un bus le dimanche dans cette banlieue où réside  William, le héros! Aaah ces moments musicaux où je ne comprends pas grand chose mais qui réussissent à demeurer passionnants. Aaaah cette Tina la colocataire de William que l'on connaît par des échanges manuscrits entre elle et lui, leurs horaires étant différents.

Découvrez donc qui sont ces Nains de la mort, ainsi que l'Alaska Factory, le groupe de musique, à l'avenir peu prometteur, auquel appartient William. Il est plutôt doué, William, sympathique et tout ça, et au cours du roman (et ça, c'est drôlement bien fait) apparaissent de micro détails faisant qu'on s'interroge, à la fin.

Quant à Madeline, il en est amoureux, et bien le seul à croire que cela pourrait tourner autrement...
Comme souvent chez Coe, l'humour très second degré est inégalable. Il m'a eue, finalement. Drôlement bien ficelé, ce roman.

Les avis sur Lecture Ecriture, bluegrey,