lundi 29 avril 2013

Demain est un autre jour

Demain est un autre jour
The life list
Lori Nelson Spielman
Traduit par Laura Derajinski
le cherche midi, 2013


Une jolie comédie romantique pour démarrer le printemps (déjà pourri?)? Et hop, c'est parti!

Sonnée par le chagrin, Brett Bohlinger vient de perdre sa mère, mais celle-ci va continuer à influencer sa vie. Quand Brett avait 14 ans, elle avait écrit une liste d'objectifs à réaliser (d'où le life list du titre original), pour certains c'est du passé (intégrer l'équipe des cheerleaders...), mais pour d'autres ça s'annonce coton. "Tomber amoureuse", pas de souci, Andrew est déjà là, mais "avoir un bébé" et "adopter un chien", Andrew n'est pas d'accord.

Avec le soutien du sympathique avocat Brad, Brett va quand même se lancer, parfois à l'insu de son plein gré. Tout cela (y compris le bébé!) doit se réaliser dans l'année, sinon, pas d'héritage, mais cet aspect des choses la chagrine de moins en moins, occupée qu'elle est par les nouveaux tournants que prend sa vie...

Suspense régulièrement relancé, héroïne sympathique, coïncidences à faire craquer les cœurs tout mous des lectrices, moments chargés d'émotion (on peut prévoir un mouchoir à la rigueur), happy end bien sûr, tous les ingrédients sont réunis pour une lecture détente qui fait du bien.

Terminons avec les dernières lignes des "remerciements" de l'auteur, "Ce livre appartient à toutes les femmes et à toutes les filles qui, en entendant le mot "rêve", voient un verbe au lieu d'un nom commun."

Merci Solène!

vendredi 26 avril 2013

The Great Gatsby

The Great Gatsby
Gatsby le magnifique
F. Scott Fitzgerald
Penguin Books, 1990
Publié en 1926


Voilà bien le problème avec les romans classés "classiques" ou "grands romans". Des tas de gens bien plus compétents et instruits en ont parlé, des livres ont été écrits pour les décortiquer, les étudier à la lumière d'autres écrits de l'auteur, d'autres auteurs carrément, et bien sûr de la vie de l'auteur.

Comme je l'ai lu en VO (poussée par Flo, pour qui les traductions existantes sont peu satisfaisantes)(et qui considère ce roman comme un coup de cœur, autant dire que je crains le retour de manivelle), autant en parler à ma guise.

Années 20 : le narrateur, Nick Carraway, s'installe près de New York et y retrouve sa cousine Daisy mariée à Tom Buchanan. Près de chez lui Jay Gatsby donne de grandes fêtes les nuits durant, où se pressent une multitude de personnes plus ou moins invitées. Gatsby et Daisy ont vécu cinq ans auparavant une brève histoire d'amour. Elle vient d'un milieu aisé, lui était pauvre à l'époque. Il tente de la reconquérir. Serait-elle son Graal? Pour l'instant il se contente de rêver en regardant la lumière verte à l'extrémité de sa jetée...

Si vous n'avez jamais lu ce roman, faites comme moi, lancez vous sans en rien savoir ou presque. Le démarrage paraît lent, ce milieu de riches ne soulève pas l'empathie. Gatsby lui-même n'apparaît qu'après quelques dizaines de pages, sur moins de deux cents, et de façon inattendue. (Anna Karénine aussi n'entrait en scène que bien après le début...).

Tout est raconté par Nick, spectateur parfois voyeur, et le lecteur doit compter sur sa mémoire ou sa véracité. Gatsby lui-même, accusé de n'être qu'un bootlegger, donne de sa vie des versions contradictoires.
Une fois ferrée, j'ai ressenti une grande intensité dramatique. Non que Fitzgerald en fasse des tonnes, oh non, mais rien qu'en décrivant physiquement ses personnages, en laissant entrevoir quelques gestes, en relatant quelques dialogues, tout est là, bien visible, on connaît ses personnages de l'intérieur - en tout cas ce que l'on veut bien nous en laisser connaître.
Et à la fin -quelle fin digne d'une tragédie grecque!- l'armure de Gatsby tombe, dérisoire.

Un incontournable, allez disons chef d’œuvre.

Les avis sur babelio 

Irai-je voir le film qui va sortir prochainement? (Avec Leonardo di Caprio) Au cours de mon enfance (lointaine) j'ai vu à la télévision un film dont la fin m'a marquée, la scène de la piscine (ceux qui connaissent comprendront) et depuis peu je réalise qu'il s'agissait d'une fort ancienne adaptation du roman (1949).

mercredi 24 avril 2013

Le maréchal absolu

Le Maréchal absolu
Pierre Jourde
Gallimard, 2012



Comment est-ce possible? Sur internet pas vraiment multitude d'avis sur ce roman! Il faut dire que le bestiau a de quoi impressionner, du haut de ses plus de 700 pages. Quant au thème annoncé en (fort correcte) quatrième de couverture, courage fuyons! Mais un esprit de contradiction et d'aventure très fort, un vague souvenir d'avoir lu La littérature sans estomac, et l'amour des trucs improbables ont contribué à une semaine de lecture scotchante et hallucinante, oui. Qui plus est, dès la première page, j'ai su que ça allait se révéler grandiose.

Alessandro Y., tout puissant Maréchal, règne sur la république d'Hyrcasie. Ne pas chercher dans un atlas, car au fil de la lecture se lèvent des souvenirs de guerres d'indépendance, de guerres civiles en Afrique centrale ou de l'ouest, de despotes d'ex-républiques soviétiques ou d'Amérique du sud, d'Amin Dada à Khadafi il y a du choix.

Diviser pour régner, être craint, éliminer les trop intelligents, ceux à dents longues. Tout prévoir, y compris une flopée de sosies plus ou moins ressemblants chargés des chrysanthèmes, sorties et réunions, et éventuellement de finir dans un attentat sanglant, à votre place.

Mais hélas les rebelles sont maîtres de quasiment tout le pays, acculant dans son palais le Maréchal , qui saoule de ses souvenirs de gloire, passée, présente et à venir, son secrétaire Manfred-Célestin, conseiller, vieille pacotille, inopérante engeance, masseur, barbier...

Avouons un petit coup de mou en fin de première partie, balayé par le chapitre 8, barré de chez barré, où l'Odyssée de Ghor et son armée à travers le monde entier, carrément, est un chef d'oeuvre de grand n'importe quoi. Ensuite, les trois parties suivantes se sont avalées comme des petits pains, en dépit de certains passages fumant de violence et de cruauté. Souvent on a du mal à suivre (pas de souci, les personnages eux aussi se questionnent également, rêvent-ils ou quoi?). Agents dormants, Services secrets s'en donnent à cœur joie, agents doubles (triples voire quadruples), un véritable manège.

Et je n'ai pas parlé de l'écriture, drue, truculente, onirique parfois, familière, travaillée tour à tour, un feu d'artifice. Ah on jubile! Sans oublier une construction ménageant les effets et les rebondissements. Quand on pense qu'un des personnages principaux arrive juste avant la page 300...

A lire absolument, bien sûr!Un grand moment de lecture.

"On squattait les boutiques vides, les bureaux, les appartements. Les réfugiés y proliféraient, les lieux devenaient trop étroits pour loger toute la marmaille. On poussait les vieux toujours un peu plus loin, un peu plus à l'étroit. Ils s'obstinaient à vivre, à occuper quelques précieux centimètres carrés du bout des semelles de leurs charentaises. La grand-mère finissait dans le buffet Henri IV, où elle attendait la fin, ce n'était pas une mauvaise propédeutique au cercueil. Un autre se recueillait au fond du vase Ming, qui peut accoutumer à l'urne cinéraire."(etc... page 109)

"A la suite d'une erreur d'orientation de son aide de camp, Ghor s'empare de la Papouasie. L'opération se solde par de lourdes pertes. Plusieurs compagnies sont mangées par l'ennemi. D'autres sont mises à sécher en prévision des disettes futures. La division Grossmann disparaît au beau milieu de la campagne, s'égare dans la jungle et le brouillard des plateaux, traverse une chute d'eau, longe un corridor souterrain, trouve des escaliers, les monte, massacre une petite troupe d'indigènes qui s'opposait à son passage, écarte un rideau rouge, et apparaît sur la scène de l'opéra de Manaus pendant une représentation d'Aïda, sous les applaudissements du public." (etc...page 141)

L'auteur parle de son roman ici, une critique (dense!) ici,et chez babelio,

lundi 22 avril 2013

Histoire d'Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)

Histoire d'Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)
Francis Dannemark
Robert Laffont, 2013
(oui, ça c'est du titre!)


 A l'enterrement de sa mère, Paul fait connaissance de la sœur de celle-ci, sa tante Alice, qui en profite pour lui demander un petit service. Au fil des jours, de repas au restaurant en thés partagés, Alice, Shéhérazade moderne, le garde sous le charme,"attendant comme un enfant que l'on me raconte la suite de l'histoire."

En effet, quelle vie que celle d'Alice, sur tous les continents, et surtout, additionnant les maris et les veuvages (étonnant qu'aucun prétendant n'ait renoncé, craignant de subir le même sort que ses prédécesseurs). Paul (et le lecteur) est conquis par cette dame tour à tour enjouée et pétillante, ou essuyant une larme. Mais jamais désespérée, toujours battante.

Un court petit roman, plein de charme, à savourer entre deux gros pavés, qui égrène de jolies remarques et enrobe le lecteur d'un doux cocon. 

Les tantes attirent les écrivains. Ce ne sont pas Mario Vargas Llosa, Patrick Dennis  et surtout Graham Greene qui diront le contraire (psst! j'avais donc vite deviné la petite surprise de la fin, mais sans être déçue puisque je l'attendais)

Merci à l'auteur et l'éditeur, et surtout à Cachou qui a joué le rôle de passeuse.
L'avis d'Anne (on est synchros sans se concerter!)

vendredi 19 avril 2013

Le garçon qui n'existait pas

Le garçon qui n'existait pas
Patrice Leconte
Albin Michel, 2013



Gérald possède une particularité : "Je ne suis pas l'homme invisible: je suis l'homme qu'on ne voit pas". Parfois bien pratique, mais triste voire rageant le plus souvent (essayez une fois dans votre vie de déjeuner seul dans un restaurant parisien à l'heure du coup de feu!). Il s'en accommode, jusqu'au moment où il tombe amoureux de Victoire, et là, pour l'épater, il décide de traverser la Manche à la nage, lui donnant rendez-vous sur la plage de Calais pour assister à son arrivée. "La passion est-elle raisonnable? Ou plutôt : est-il raisonnable d'être passionné?Ce qui revient à se poser la basique question : est-il raisonnable d'être raisonnable?"

Ne cherchant pas vraisemblance et logique, j'ai suivi partout avec plaisir cet anti-héros, particulièrement quand ça partait bien en vrille.
"Un requin rôde dans le coin. Il m'a repéré. Il n'y a pas de requins dans la Manche. Justement : c'est pire. Celui-ci est le premier. Il est perdu. Affamé." ... "Je suis à nouveau frôlé par l'horrible prédateur. Pire : ils sont deux à présent. J'ai été frôlé à droite puis à gauche. Le premier aura été chercher un copain aussi perdu que lui, il lui aura proposé de dîner, l'autre lui aura répondu ça tombe bien je n'avais rien de spécial de prévu pour ce soir, et ils seront revenus vers moi en se racontant, hilares, des blagues nulles de requins."

J'ai adoré cette histoire pleine de fantaisie, d'humour, et de romantisme, originale, bien écrite, plus profonde qu'elle n'en a l'air a priori.

Ne sautez pas sur wikimachin, oui, il s'agit bien du Patrice Leconte réalisateur, mais cela ne m'a fait ni chaud ni froid une fois partie dans ma lecture.

Merci à Carol M et l'éditeur.

mercredi 17 avril 2013

Esquisse d'un pendu


Esquisse d'un pendu
Michel Jullien
Verdier, 2013


coup de coeur

Ce chaton "coup de coeur" va de moins en moins bien avec le contenu des romans! En effet, foin de douceur dès le début, mais la fascinante découverte de la Machine, à savoir le gibet de Mont faucon, extraordinairement et précisément décrit. Gibet disparu bien sûr, qui se trouvait en gros dans les environs du canal Saint-Martin.

"La Machine se dresse à la vue comme une tour de Babel à pendus, un gigantesque Rubik's Cube serti en plein pâtis, enraciné sur son écrin de tumulus."
"On y rencontre des contorsionnistes à jambes rebindaines, des équilibristes, des cabotins interdits de décubitus post mortem, on assiste à des numéros de trapèze, à des cabrioles d''estrangelez' qui ne sont pas sans rappeler les planches de Vésale, ses anatomies dégingandées, élastiques, arrimées à hue, retenues à dia, titubant contre un échalas, encagés dans les marges de la gravure comme les corps de Montfaucon sont empagés dans leurs fenêtres de pierre. C'est une forme de drive in en plein champ, sans billet d'entrée, un aquarium à pendus, un 'accrochage', un happening. Un grand code-barres mis en volume dans le décor."

Vers 1375, sous le règne de CharlesV. Raoulet d'Orléans est stationnaire rue Boutebrie. Son atelier s’attèle pour de longs mois à la copie de manuscrits, car Gutenberg est encore un nom inconnu. Son métier est associé à celui de parchemineur, enlumineur, relieur.

"C'est qu'avant la machine le manuscrit servant de guide au scribe, une fois copié, n'aboutit à rien d'autre qu'à un manuscrit, que le producteur d'idées fait œuvre d’écrivain comme après lui le tâcheron des copies continue de s'appeler écrivain. Les lettres de fer scinderont le verbe, feraient plus, diviseraient le geste : l’auteur demeurera assis, jusqu'à nos jours encore, quand le copiste, celui de 1368, sur le point de se lever de son siège, deviendra l'ouvrier typographe, travaillant debout, pour ne plus s'asseoir (du moins pendant six cents ans, jusqu'à l'intronisation de l'ordinateur, nouvel outil le priant de se rasseoir.)"

Raoulet a parfaitement existé. En dernière feuille de ses manuscrits, on peut lire son congé d’écrivain, fignolé à chaque fois, par exemple:
"Si fu prince sus nommé
Ce livre baillé et donné
Par le dit Jehan que je ne mente
L'an mil CCC XII et soixante."

Et l'histoire? Mis à part une vivante description de la vie de cet atelier? Tout simplement qu'en accomplissant une commande du roi lui-même, à savoir recopier les Chroniques de France (et pour Raoulet habitué à copier des Bibles, l'impression de voir le passé tout proche caracoler derrière son épaule, comme nous lisons sur internet les dernières dépêches), Raoulet s'aperçoit que quelqu'un en profite pour exécuter une copie pirate. Et ça, cela ne doit pas être! Comme une sorte de plagiat. Sa profession a des règles!

Ce roman historique à la langue si drue, à l'érudition digeste, ne pouvait que me plaire!

Les avis de Ys, Dominique , chez l'éditeur (résumé, extraits, avis)

lundi 15 avril 2013

Nouvelles sur ordonnance

Nouvelles sur ordonnance
Denis Labayle
éditions dialogues, 2013


Lu presque entièrement dans la salle d'attente d'un centre hospitalier (le souci du détail me perdra)(je précise cependant à mes fans inquiets que je me porte plutôt bien), ce recueil de nouvelles fort bien écrit, homogène et varié à la fois, apporte toute satisfaction, et pourrait faire basculer les non amateurs de nouvelles de l'autre côté de la force.

Denis Labayle a délaissé le stéthoscope pour le stylo, et sait nous faire pénétrer dans cet univers de médecin hospitalier qui fut le sien. Parfois on sent le vécu, quand dans La révoltée des Quatre Saisons, il fait parler une SDF à qui on n'offre qu'un lit d'hôpital ou une place dans une institution d'accueil pour personnes âgées,  alors que pour bien moins cher on aurait pu l'aider autrement à couler des jours plus heureux, décents et libres. Berthe la clocharde et son franc parler disent tout haut ce que pense l'auteur.
Grandeurs et servitudes de la médecine, avec Le jour du 14 juillet, vérités et mensonges face à une malade  attirante avec Le mensonge amoureux, l'épuisement guettant le praticien ne sachant pas se protéger, dans La dérive, voilà du réaliste bien mis en fiction.
En revanche, j'ose espérer que certaines nouvelles sortent de la pure imagination de l'auteur, telles Le repenti et son tueur à gages, et surtout L'inquiétant M. Kervet, posant cependant le problème des soins face aux croyances du patient. Sans oublier une incursion vers d'autres médecines, avec Le ventre de Célestine.

Recueil en parfaite santé, peut quitter la librairie. Aucun risque d'abus ou d'effets secondaires négatifs. A consommer sans modération. 

L'avis de sylire qui a aussi pris un petit déjeuner avec l'auteur.

Un grand merci à Laure-Anne et aux éditions dialogues!

vendredi 12 avril 2013

Vices privés

Vices privés
King of the Badgers
Philip Hensher
le cherche midi, 2013
Traduit par Jean-Luc Piningre


Avec un Comité de voisinage et des caméras de surveillance bien placées, que peut-il arriver de grave à Hanmouth, charmant petite ville du Devon? Justement il s'en passe, derrière les portes et les rideaux, mais rien que la loi ne juge répréhensible... Y compris des soirées masculines bien épicées (ou particulièrement plan plan).
Malheureusement, quand la petite China disparaît, personne n'a rien vu. Policiers, journalistes, photographes, curieux, touristes affluent. Les langues s'activent.

Dans cette comédie piquante à l'anglaise, Philip Herscher dévoile les dessous de la vie provinciale, en offrant toute une galerie de personnages plutôt attachants même si parfois pathétiques, dans des situations souvent désopilantes, tout en offrant une réflexion sur  la perte des libertés de se déplacer anonymement. Les interventions de l'"omniscient narrateur" font un peu froid dans le dos.

Bien évidemment la touche "humour british" m'a complètement conquise et je me suis régalée! Bien composé, jamais lourd, un art de l'ellipse, des dialogues et de la description qui font mouche.

Merci à Solène P et l'éditeur. Bonne pioche!

mercredi 10 avril 2013

Joseph Anton Une autobiographie

Joseph Anton
Une autobiographie
Salman Rushdie
Plon, 2012
Traduit par Gérard Meudal


En ce jour de Saint Valentin 1989 il n'y eut pas que des messages d'amour : Salman Rushdie apprit qu'il était condamné à mort par l'Ayatollah Khomeiny. Son crime? Avoir écrit Les versets Sataniques.

Ma première réaction : c'est fichtrement bien écrit cette autobiographie! Ma deuxième, après que Rushdie ait expliqué en quoi consistaient ces fameux versets : il ne semblait pas y avoir de quoi fouetter un chat!

Dans ce copieux document, très détaillé (au bout d'un moment je n'ai plus trop cherché à retenir qui était qui, policier, éditeur, agent ou autre), et absolument indispensable, Salman Rushdie évoque brièvement sa vie "avant", mais surtout les conséquences de la fatwa pour lui, ses proches, et les professionnels de l'édition qui lui étaient liés, et sa vie "pendant".

Dès le début, les policiers lui demandèrent de choisir un nom. Ce fut Joseph Anton, qui combinait deux écrivains qu'il aimait, Conrad et Tchékov. Dans son livre, Rushdie n'utilise pas le "je", mais le "il", ce qui introduit une distance entre Rushdie et Anton, l'aidant sans doute à considérer cela comme du passé, à  l'époque où il écrit, mais introduisant aussi une distance entre lui et le lecteur, sans doute volontaire, car il ne cherche pas à se faire plaindre, mais à argumenter et témoigner calmement.

Les policiers, oui. Car il fut durant de longues années sous surveillance étroite; il rend hommage à ces hommes et femmes dont certains devinrent des amis, mais relate les problèmes soulevés quand il désirait plus de liberté. Il est amusant de connaître les différences entre les pays, les anglais préférant la discrétion, et les américains se la jouant "film de guerre". Pourtant il vivra aux USA des moments beaucoup plus libres qu'en Angleterre.
Mis à part ce côté "roman d'espionnage" , nous avons aussi l’écrivain en tant que créateur -avec les pannes dues à la tension- et ses démêlés avec le monde de l'édition. Il garde contact avec d'autres auteurs de par le monde et explique la genèse des ses romans ultérieurs.
Avec les journalistes, les services de sécurité, les auteurs de la fatwa, c'est la douche écossaise...
Mais le plus étonnant, bien que ce soit normal finalement, c'est que sa vie privée continue! Divorce, rencontre, et même une naissance!

Le moment qui laisse passer une forte émotion, c'est vers la fin, quand il peut retourner en Inde, son pays natal, avec son fils aîné (et que tout se passe bien, contrairement aux craintes de certains).

Pour finir, demeure l'impression d'un témoignage honnête, à lire, vraiment (gare! 700 pages tassées) sur ses luttes personnelles pour la liberté d'expression. Mais "la lutte continue".

L'avis (tentateur) de Flo

lundi 8 avril 2013

Road Tripes

Road Tripes
Sébastien Gendron
Albin Michel, 2013


Le barré, ça ne me fait pas peur; j'ai donc embarqué vite fait avec ces deux types paumés. Vincent, que sa femme vient d'éjecter du domicile conjugal, est revenu chez ses parents et démarre sans enthousiasme excessif un p'tit boulot de distributeurs de prospectus. Il rencontre Carell (drôle de prénom, sans doute prétexte à un jeu de mots sur son nom ne m'ayant pas du tout fait rire, mais bon), qui visiblement n'a pas l'eau et le gaz à tous les étages, mais vole les voitures avec art (quoique, voler une voiture marquée Gendarmerie, il y a plus fûté).
Tout démarre quand il met le feu aux prospectus, bel acte libérateur, mais aussi à quelques hectares de pinède. Il leur faut fuir, fuir, à travers le sud de la France, poursuivis par de mystérieux membres d'un secte en attente de la fin du monde, sans parler du propriétaire d'une R16 bichonnée amoureusement.

Ce genre de bouquin délirant est en général écrit par un américain, et je félicite l'auteur de s'être lancé dans l'aventure. Personnages agités, dialogues faisant mouche, situations improbables, rebondissements, là, rien à dire! Je me suis surprise à glousser un bon nombre de fois et ai dévoré le tout. Je suis juste un peu déçue par quelques grossièretés et de la violence inutiles à mon humble avis, qui déparent un bel ensemble. J'aurais aussi aimé en savoir plus sur Carell et Vincent, de façon à mieux interpréter la fin. A moins que l'ambiguïté des personnages m'ait échappé?

Merci à l'éditeur et Carol M.

vendredi 5 avril 2013

Librairies, corps et âmes

Librairies, corps et âmes
Textes inédits réunis et publiés par Dominique Reynié
Vinci, 1994



Merci à  Dominique de m'avoir fait connaître ce livre (voir son billet pour des passages et des photos) et à ma bibliothèque qui garde précieusement ses volumes mêmes anciens...

Vingt ans après sa parution, ce plaidoyer, ce cri d'amour, pour les librairies et les libraires est toujours d'actualité. Des dizaines d’écrivains ont proposé des textes sur les librairies - leurs librairies, les libraires - leurs libraires.

Celui de Jean Dutourd parlait d'"un jeune homme qui avait envie de se constituer une belle bibliothèque, qui allait se marier et qui eut l'idée vraiment admirable et originale, au lieu de déposer sa liste de mariage dans un grand magasin, de la confier à M. Clavreuil." " Cela m'est bien égal de recevoir deux douzaines de petites cuillères, lui dit-il. Je préfère de beaucoup les œuvres complètes de Montesquieu, de Gibbon, de Plutarque, le tacite d'Ablancourt, le Voltaire de Kehl, etc." Bonne idée, non?

"En fait, la librairie correspondrait à une agence matrimoniale où il y aurait beaucoup trop de candidats.
Devant cette pléthore, il n'est que deux solutions. Soit on opte pour le célibat et on sort de la librairie léger, tranquille - mais seul. Soit on a l'humilité d'aller consulter le marieur : le libraire." Amélie Nothomb

"Il y a ainsi deux sortes de librairies, celles où les gens marchent, ne s'arrêtent qu'une fraction de minutes, et celles où ils stationnent, longuement." Max Gallo

"Offrez les livres que vous aimez à ceux que vous aimez. Et si vous ne savez pas ce que vous aimez, votre libraire vous aidera. Il ne vous aidera peut-être pas à trouver des gens à aimer, mais il vous aidera, à coup sûr, à trouver des livres à aimer." Jean d'Ormesson

"Le 5 février 1810, Napoléon signe le décret instituant une surveillance générale de l'imprimerie et de la librairie. Une surveillance rigoureuse s'abat sur la profession. A partir du 1er janvier 1811 les libraires seront brevetés et assermentés. Ils prêtent serment de ne vendre, débiter ou distribuer aucun ouvrage contraire aux devoirs envers le souverain et à l'intérêt de l'état. Par la suite les brevets ne seront accordés qu'aux libraires justifiant de 'leurs bonne vie et moeurs et de leur attachement à la patrie et au souverain.' " Jean Tulard

"Je les [les libraires] aimerais encore davantage si, au bout d'un certain nombre d'achats, ils vous offraient les rayonnages, et le nombre de pièces nécessaire, pour ranger ces fichus bouquins. Mais on ne peut quand même pas trop demander!" Jean-Jacques Brochier  Dommage, oui.

"Car, de même qu'une bibliothèque ne remplace pas une librairie, une très grande librairie n'en remplace pas plusieurs petites." Marcel Cohen

"Les libraires importent plus que les journalistes, et le bouche à oreille est le plus performant des médias. André Comte-Sponville

et j'aurais pu citer toute l'intervention humoristique de Philippe Meyer
"Le libraire remonte à la plus haute nécessité. Il se compose d'un pantalon de velours et d'une paire de lunettes, quelquefois d'une barbe, sauf dans le cas où il est une libraire, cas dans lequel il marque une prédilection pour les jupes amples et les corsages de la même farine. (etc.)

Curieusement (ou pas) peu de redites dans ce copieux livre, des approches différentes, de l'émotion souvent, un brin d'histoire ou de géographie, bien des souvenirs de jeunesse ou d'adolescence, peu de textes trop sérieux, de fort rares trop brumeux que j'ai lus en diagonale (j'ai le droit). A découvrir pour y réfléchir.

En bonus, un livre petit par la taille mais grand par le contenu, offert par ma bibliothèque. Il rassemble des témoignages d'auteurs et des dessins, bien évidemment sur le thème de la lecture, qui nous est cher, n'est-ce pas?
Lire est le propre de l'homme, paru à l'école des loisirs, est ... gratuit! 
Pour le diffuser, commander le nombre d'exemplaires désiré sur les sites www.ecoledesloisirs.fr ou www.lirelire.org (téléchargement ou commande)
Le billet d'Asphodèle vous en dira plus. Voir babelio aussi.

Idéal pour le sac, dans les files et salles d'attente, les entractes, etc... En tout cas je l'ai lu ainsi.

mercredi 3 avril 2013

1502

1502
The malice of Fortune
Michael Ennis
Traduit par Caroline Nicolas
le cherche midi, 2013


1502, Rome. Le pape Alexandre VI  règne d'une main de fer, comptant sur son fils Valentino pour dominer une partie de l'Italie. Le meurtre de Juan, son fils préféré, cinq ans auparavant, n'a toujours pas été élucidé, et quand on retrouve à Imola sur une prostituée (sauvagement) assassinée un objet lui appartenant, il y envoie enquêter Damiana, "honnête courtisane" de son état, mais aussi maîtresse de Juan et mère de son fils Giovanni - que le pape retiendra prudemment en otage.

A Imola elle découvre que les meurtres continuent, un véritable serial killer comme on ne le disait pas encore à l'époque, semble sévir. Dans le rôle du profileur, surprise -ou pas- Niccolo Macchiavelli, simple porte parole du gouvernement florentin; Léonardo da Vinci, ingénieur et architecte général du duc Valentino, mettra à leur disposition ses connaissances scientifiques.
Carte d'Imola, établie par L de Vinci, génial cartographewikipaintings.org

1502 peut se lire comme un thriller rondement mené, aux rebondissements nombreux, mettant en scène de façon crédible des personnages historiques. Tâtonnements, doutes, situations extrêmes, enquêteurs attachants, l'amateur y trouvera son miel.
Mais le plus pour le lecteur, c'est de plonger dans cette Italie pleine de violence et de superstitions, rendue vivante par Michael Ennis. Macchiavelli compte sur l'étude des textes historiques de Tite-Live, Plutarque et Suétone, pour comprendre la nature du meurtrier -et le confondre-, alors que Léonardo da Vinci s'appuie sur ses observations scientifiques et l'"esperienza". Deux méthodes qui s'affrontent, amicalement, en passionnantes discussions.

Un grand merci à S. et l'éditeur
Et pile poil dans le challenge de Philippe

 et de liliba, Polars et thrillers



lundi 1 avril 2013

L'enfance d'Alan

L'enfance d'Alan
d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope
Emmanuel Guibert
L'association, 2012



Comme j'avais aimé La guerre d'Alan, je guettais cette Enfance d'Alan, où j'ai retrouvé l'entente amicale régnant entre Emmanuel Guibert et Alan Ingram Cope. Pour en savoir bien plus, lire

Souvenirs d'enfance d'Alan donc, forcément fragmentaires, mais souvent précis. Une enfance simple dans une Californie quasi campagnarde, en tout cas bien différente de l'actuelle. Évocation de sa famille paternelle et maternelle. Un de ses grands pères a fait la guerre de Sécession.

Ici sa mère l'habille, et le texte donne un portrait de la mère d'Alan. Puis suit une des (rares) photos, montrant Alan justement habillé de même façon que le dessin.
© Guibert - L’Association
Certains dessins sont plus fouillés en détails, la mémoire est plus complète, l'âge n'est pas le même non plus.
© Guibert - L’Association


En douceur et en profondeur se découvre cette enfance, et je suis tombée sous le charme, une fois de plus.

Pour en savoir plus

De nombreux avis chez babelio (et des planches, et des détails)