lundi 30 mai 2016

L'art de la marche

L'art de la marche
Olivier Bleys
Albin Michel, 2016



Cela va finir par se savoir, je résiste mal aux récits de marche. Cette fois l'auteur est plus connu pour ses romans et, ma foi, cela augurait au moins d'une bonne écriture.

Olivier Bleys a la quarantaine, un peu tard pour être sans liens difficiles à rompre et un peu tôt pour ne plus en avoir. D'ailleurs un de ses enfants naîtra au cours de ses années de marche. Son idée de départ est d'effectuer un tour du monde à pied -sans user de véhicules terrestres à moteurs- morceau par morceau, ne quittant son domicile que quelques semaines par an.

Parti de Pampelonne (Tarn) (pourquoi Pampelonne, justement, un peu le hasard), il atteint au bout de sept étapes entre 2010 et 2015 le fin fond de la Hongrie. Le seul marcheur à ma connaissance à avoir suivi un morceau du chemin de Saint-Jacques 'à l'envers' (quoique à l'époque les gens revenaient chez eux par ce chemin!) et à préférer la compagnie, même sporadique, d'un autre marcheur (on aura donc trois noms cités)(et j'ai l'impression qu'il recrute toujours, si ça vous dit ^_^)

J'ai cru comprendre que ce tour du monde à pied n'a rien d'original, d'autres s'y sont attelés (faut quand même le faire, non?). Au début j'ai souri de l'impréparation manifeste, mais au fur et à mesure l'auteur se découvre marcheur, livre des extraits de ses 'carnets', ses réflexions, ses astuces, ses aventures ou mésaventures. Pas de longueurs, pas de redites, pas de grandes envolées, il marche, c'est comme ça.

Le livre se termine au moment où il se prépare à sortir de l'Europe, conscient que cela risque d'apporter quelques changements à son voyage. Ne serait-ce que l'obligation d'un passeport éventuellement pourvu d'un visa... j'aurais bien aimé la connaître, cette suite, mais Olivier Bleys est en train de l'écrire avec ses pieds? (ie en marchant! Rien à dire sur le style; ma formulation est ambigue ^_^)

vendredi 27 mai 2016

Les vieux ne pleurent jamais

Les vieux ne pleurent jamais
Céline Curiol
Actes Sud, 2016



La lecture d'Un quinze août à Paris (qui n'est pas un roman) m'ayant laissé une excellente impression, j'ai testé Les vieux ne pleurent jamais, où j'ai retrouvé la belle plume de l'auteur, au service d'une histoire originale - qu'on ne lâche pas!

Judith Hogen a quitté la France peu après avoir rompu tous liens et fait sa vie aux Etats-Unis. Maintenant, récemment veuve, elle vit à New York, se laisse convaincre par sa voisine Janet de s'inscrire à un court voyage organisé, retrouve une photo venue du passé dans un livre chez elle, et gamberge gamberge, jusqu'à la décision de retrouver l'homme sur la photo ... avec quelques décennies de plus!

Janet et Judith ont autour de soixante-dix ans, et sans se laisser vraiment aller, elles se savent proches de détenir le don d'invisibilité... Encore un roman sur les femmes relativement âgées et ayant dépassé la date de péremption amoureuse? Sur la vision de notre société à leur égard? Oui, un peu, mais gare, l'humour vache et tendre n'est pas absent, et il faut absolument découvrir ces deux jours de voyage organisé avec d'autres seniors...
En seconde partie, plus intimiste et délicate, Judith repart en France, et l'on apprend ce qui s'est passé. Pas grand chose pour notre époque, mais beaucoup durant les années 60. Je note quand même une petite baisse de rythme dans cette partie du roman.

Faut-il détenir une carte senior pour apprécier ce roman? Je ne le pense pas, et recommande cette lecture qui me donne bien envie de continuer avec l'auteur.

"Janet possédait la fascinante faculté de parler à tout ce qui respirait. Non pas seulement aux êtres humains, mais aussi aux chats, aux pigeons, aux moineaux, aux écureuils, aux chiens, aux araignées, aux mouches et j'en passe."

Une remarque sur les initiales des prénoms : Katia, mère de Judith et Julien, avec Julia, Jeanne et Janet de la même génération, et Ilse pour la génération suivante. IJK? (OK, on s'amuse comme on peut, quand on lit)

Les avis de cathulu, albertine (retrouvé!), luocine (d'accord pour le format gênant du bouquin), kathel (qui a remarqué les initiales aussi),

mercredi 25 mai 2016

Les Maraudeurs

Les Maraudeurs
The Marauders
Tom Cooper
Albin Michel, 2016
Traduit par Pierre Demarty



"Je serais vous, j'éviterais de le contrarier, et même de le regarder de travers. Le pauvre vieux a un peu les fils qui se touchent."

(Sauf erreur, c'est le premier livre présenté ici se déroulant en Louisiane. Incroyable, non?)

Nous sommes à Jeanette, petite ville (imaginaire) bien paumée. La mère de Wes est morte noyée durant le passage de l'ouragan Katrina et la montée des eaux ayant suivi; Wes, 17 ans, est attaché à son coin et rêve de terminer la construction de son propre bateau, car il n'imagine pas d'autre avenir que la pêche, comme son père avant lui. En revanche Grimes, originaire de Jeanette, l'a fuie il y a des années, mais le voilà forcé de revenir, avec la tâche détestable aux yeux de tous consistant à faire signer des demandes d'indemnisation à une société pétrolière. Oui, parce qu'en plus de Katrina, le coin connaît une grosse pollution...
Hanson et Cosgrove, eux, arrivent justement à Jeanette pour aider à nettoyer des oiseaux mazoutés, mais leur idée première est de dénicher la plantation de marijuana first quality qu'il ont goûtée précédemment. Plantation située sur une île au fin fond des bayous, appartenant aux jumeaux Toup, deux jumeaux rudement pas commodes et dangereux si on les titille... Hélas pour lui, rôde autour de cette plantation Lindquist, un chasseur de trésors accro aux antidouleurs.

Bon, ça fait du monde, mais au bout de quelques dizaines de pages, tout est bien en place pour une bonne histoire où l'on ressent bien la chaleur poisseuse, éventuellement la pollution, la crasse, la folie... Embarquez dans les bayous, mais vous êtes prévenus : certains des personnages n'en ressortiront peut-être pas vivants!

Un excellent premier roman (après des nouvelles, comme souvent), où l'on vérifie encore une fois que ces américains savent raconter des histoires passionnantes sans donner de détails inutiles, en dosant savamment humour et suspense, action et description.

Les avis de encore du noir, électra, jérôme,

lundi 23 mai 2016

Défaite des maîtres et possesseurs

Défaite des maîtres et possesseurs
Vincent Message
Seuil, 2016



On ne peut guère accuser Vincent Message d'inonder le marché de ses romans: le précédent, Les veilleurs, date de 2009. Ce nouveau est moins épais mais tout aussi déstabilisant et original. Je dirais même, 'la grosse claque!'.

J'ai eu la chance de ne rien en savoir avant d'y plonger, mais juste écrire 'foncez' ne serait pas sérieux, alors voilà.

Où? Sur Terre. Une Terre ayant déjà pas mal souffert de désastres écologiques dus aux hommes. Quand? A une époque indéterminée, un bout de temps après l'arrivée sur Terre de voyageurs nomades, qui finalement dirigent tout, ont reproduit nos façons de fonctionner, avec privilégiés, pauvres, etc., y compris à l'égard des animaux, ceux qui travaillent pour nous, ceux qu'on mange, et ceux qui tiennent compagnie. Et les hommes? Traités comme nous, humains, traitons actuellement les animaux. Oui, les trois catégories précédentes...

Avant de filer en pensant 'ouh là, anticipation/imaginaire, pas mon truc' ou 'défense des animaux, ça va comme ça' ou 'écologie, ouais', sachez qu'on tient là un drôlement bon bouquin. Et plus subtil qu'on ne pourrait croire. Rien que le choix du décalage homme/animal en étranger de l'espace/homme est fort intelligent, et rien de tel que la visite d'une exploitation agricole et d'élevages d'humains pour vous plonger dans le malaise. On a beau aimer les vaches et les moutons, quand c'est transposé avec des hommes, là ça flingue!

L'évolution de Malo, son désir de sauver Iris donnent la touche romanesque sans laquelle un tel roman serait juste démonstratif. Il m'a fallu quelques chapitres pour comprendre où j'avais mis les pieds, et je ne l'ai plus lâché! Et puis, c'est fichtrement bien écrit, en plus. Bref, à découvrir absolument!

Les avis de charybde27, et sur babelio, avec passages aussi, et DrPlatypus (si j'ai bien trouvé?)

Video de l'auteur

vendredi 20 mai 2016

A l'orée du verger

A l'orée du verger
At the edge of the orchard
Tracy Chevalier
Quai Voltaire, 2016
Traduit par Anouk Neuhoff


Voilà, voilà, mon premier Tracy Chevallier  (si l'on oublie un abandon de La dernière fugitive) mais finalement la rencontre s'est passée.

Venant du Connecticut où la terre à cultiver est rare quand la famille est trop nombreuse, les Goodenough se sont installés dans un coin de l'Ohio, le Black Swamp, bien humide et marécageux comme son nom l'indique. Animaux, agriculture de subsistance, et surtout un verger de pommiers. Fièvre des marais récurrente. Éloignement de tout. C'est la petite maison dans la prairie, version sans trop de soleil et de happy end. Sadie, la mère, prend goût à l'eau de vie, James, le père, ne pense qu'à ses pommiers, et entre eux les enfants (enfin, ceux qui ont survécu aux fièvres) ne connaissent pas l'école et aident les parents.
A la suite d'événements que l'on connaîtra plus tard, Robert, un des fils, part plein ouest, devenant entre autres chercheur d'or, et atterrit en Californie, fait connaissance d'un botaniste anglais tâchant d'envoyer en Angleterre redwoods et séquoias, et devient son aide.

Les personnages purement imaginaires (les Goodenough) sont mêlés à d'autres ayant existé et l'on en apprend beaucoup sur les arbres, simples pommiers ou géants de la côté ouest. C'est parfois un peu longuet quand même, même si conduit par le canal d'hommes passionnés. Les échanges de lettres entre Robert et sa soeur Martha ont réveillé un intérêt vacillant un peu (mais pourquoi Martha possède-telle tout de suite une orthographe impeccable, contrairement à son frère?)(voir traduction?) car il  faut dire qu'avant cela la tension réelle entre les époux Goodenough me gênait beaucoup, assez contreproductive dans un environnement hostile où l'on ne peut s'amuser à mettre en péril les instruments de la survie. D'autant que par ailleurs les conditions d'installation des pionniers dans ces dures régions étaient fort bien évoquées, de même que la vie dans cette Californie du milieu du 19ème siècle, plus loin dans le roman.

Les avis de Gwen, Leatouchbook, blablablamia, clara (LC sans se concerter, toujours à la pointe, nous deux!)

mercredi 18 mai 2016

Saga

Saga
Brian K. Vaughan et Fiona Staples
Les cinq premiers tomes
Urban Comics





Raconter comment j'ai mis la main sur ces volumes serait une autre saga (moins palpitante) mais sachez que j'ai quand même attendu les deux premiers pendant des mois... pour voir apparaître les cinq en même temps! De l'avis général sur les blogs, c'est 'encore meilleur que Fables'.

Si je n'avais pas fait de billet (ma grosse tentation en matière de lecture de BD) je me serais fait éparpiller façon puzzle dans l'espace intergalactique, et si je n'avais pas aimé, là c'étaient les mines de sel sur Proxima du Centaure (proxima / proche, oui, mais pas trop quand même).

Juste pour embêter Fanja, (son billet sur le tome 5)je dirais que ça démarre comme dans Roméo et Juliette, avec Alana, originaire de Continent et Marko, venant de la lune de Continent, nommée Couronne. Depuis fort fort longtemps c'est la guerre entre les deux planètes, mais plus du tout sur leur sol, car la lutte s'est externalisée sur tous les autres mondes (pas de chance pour eux!). Les deux amants viennent d'avoir une petite fille, la narratrice de la saga, d'ailleurs, mais pas question de congé maternité tranquille, plein de méchants sont à leur recherche!

Comme j'ai lu d'affilée les cinq tomes (il semble qu'un sixième et dernier va bientôt paraître), je vais me contenter d'impressions globales sans spoilers. Vous voulez de l'action? Il y en a. De l'humour? Aussi. Des clins d'oeil à notre société à nous terriens? Yep! A nous lecteurs voraces? Oh que oui. Des personnages de tout poil? Il y en a. Même des robots. Plus un chat détectant le mensonge (très pratique). Un roman genre Harlequin (voir photo, cliquer pour agrandir), le favori d'Alana. Une ado fantôme et baby sitter n'ayant pas sa langue dans sa poche.


Un exemple:
Alana arrive dans la bibliothèque de son auteur favori, complètement excitée "Tous ces bouquins! " Réponse "Ne vous emballez pas, pour la plupart ce sont des services de presse."
Ailleurs
"Pourquoi ne pas nous trancher la gorge? - Parce que les seuls journalistes qui méritent de mourir sont les journalistes sportifs."
Image du tome 2 prise sur bdthèque
Evasion garantie et à lire absolument si on prétend aimer la BD. Waiting for tome 6.

lundi 16 mai 2016

Snjor

Snjor
Snjoblida, 2010
Ragnar Jonasson
La Martinière, 2016
Traduit de la version anglaise, d'après l'islandais, par Philippe Reilly



Alors voilà un nouveau polar venu d'Islande? Cette fois tout se déroule à Siglufjördur, tout au nord, dans une petite ville où tout le monde se connaît, où l'on ne ferme pas ses portes à clé, et reliée  au reste du pays par un tunnel creusé dans la montagne.
Ari Thor est un tout jeune flic dont c'est le premier poste, on lui assure que là-bas il ne se passe jamais rien. Pas de chance, une chute mortelle dans un escalier et une femme retrouvée dans la neige, ça fait beaucoup pour un coin tranquille...

Comme je suis sympa, je ne vais pas donner les noms des personnages, que j'ai fini par un peu confondre. De plus, l'histoire (qui serait peut-être le début d'une série?) se déroule en plein hiver, et, désolée, je n'ai pas ressenti le froid, le vent, ni même la neige; quant à la nuit polaire si prégnante chez Olivier Truc, là, non.
RAS sur l'écriture, sans trop de relief à mon goût. Efficace quand même. Des détails sur le passé et le présent des personnages arrivent sans que le besoin s'en fasse sentir. J'aurais aimé les découvrir autrement. Vers la fin Ari Thor relie des événements, fait des découvertes, mais le lecteur n'est pas mis au courant, ensuite Ari Thor va tout seul le soir chez un suspect sans prévenir personne. Voyons, ça ne se fait plus dans les polars, ces trucs là!!!
Finalement, la fin un poil déconcertante se révèle intéressante! J'ajouterai pour être honnête que j'ai englouti le roman en une journée et ne me suis pas ennuyée.

Gwen a mieux aimé que moi
https://en.wikipedia.org/wiki/Siglufj%C3%B6r%C3%B0ur

vendredi 13 mai 2016

Celle que vous croyez

Celle que vous croyez
Camille Laurens
Gallimard, 2016


Bon, littérature française contemporaine, d'accord, mais billets enthousiasmants d'autre part, alors le mieux était de voir ça de plus près. Moins de vingt-quatre heures plus tard, bilan, pffff, ah quand même, mais où suis-je?!

Claire a quarante-huit ans, un amant de trente-six ans, Jo, et comme il ne paraît pas très attaché à elle, elle a l'idée de créer un faux profil Facebook avec le même prénom Claire, mais pas le même nom, et devient une jeune femme brune de vingt-quatre ans, demandant à être amie avec Christophe, ami (dans la vraie vie) de Jo. Histoire de suivre ce Jo qui veut l'ignorer. Mais Christophe tombe amoureux de la nouvelle Claire, bien embarrassée, et alors... Comme Claire s'adresse à Marc, médecin dans un hôpital et fait référence à un drame, on sent que cela ne s'est pas bien terminé, mais quoi qui comment?

Ceux qui ont lu ce roman savent que tout comme l'auteur, je ne dis pas tout et qu'il en reste beaucoup à découvrir. Rebondissements, jeux avec le lecteur, changements d'angle, élargissement du point de vue, jusqu'à cette Camille Morand (Laurens?) de la dernière page, quel bonheur que ce roman intelligent!

La première partie contient le long lamento de Claire sur la situation des femmes vieillissantes par rapport à celle des hommes. Transparentes en vieillissant (mais, Claire, pourquoi vouloir être toujours visibles? pour qui? pour quoi?)(cette façon de tout considérer par rapport aux hommes...). Mal acceptées quand la différence d'âge dans un couple est dans un sens et pas l'autre (elle cite un exemple connu où ça marche quand même, et puis les choses évoluent un peu, non?)(quoique, Claire, pour les enfants, il y a un âge limite pour les femmes)(mais si un homme râle qu'on le prenne pour le grand père de ses enfants, qu'il assume!). D'après Claire, et elle s'en plaint, passé quarante-cinq ans une femme devrait "se retirer progressivement du monde vivant, s'arracher du corps l'épine du désir" (ah bon, Claire, tu ne regardes pas autour de toi, je pourrais t'en raconter sur une de mes copines, et toujours cette façon de tout faire tourner autour d'un homme...)(tu es une personne!). Bref, au fur et à mesure on sent bien quand même que tout cela cache autre chose, Christophe parait "inadapté" (page 50)

Soit. Claire est un personnage du roman qui dit ce qu'elle pense, elle. En plus elle souffre.
"Sortir du champ quand ça ne cadre pas. Sortir du cadre.
D'un autre côté, ici je suis encadrée. Il y a des bords ici. Je suis tout le temps sur la photo.
Vous êtes chargé de m'encadrer, c'est ça, Marc? De me recadrer plutôt? Et si moi je ne peux pas vous encadrer, qu'est-ce qu'on fait?"
Voilà un exemple de passages qui m'agacent aussi...
Heureusement on est passé un peu à autre chose... disons plutôt un autre point de vue...

Mais ensuite franchement, que c'est inattendu! Et ça fonctionne ainsi jusqu'au bout. Avec en prime des réflexions telles
"Nous sommes tous des romanciers en puissance. Nous inventons tous notre vie. La différence c'est que moi, cette vie que j'invente, je la vis. Et que, comme toute créature, elle échappe à son créateur. Tu vas dire, si tu es mal luné, que je ne la vis que pour pouvoir l'écrire, que la vie n'est qu'un prétexte à l'écriture. Mais c'est tout le contraire. La vie m'échappe, elle me détruit, écrire n'est qu'une manière d'y survivre - la seule manière. Je ne vis pas pour écrire, j'écris pour survivre à la vie. Je me sauve. Se faire un roman, c'est se bâtir un asile."
"Quelle peine est vraiment perdue, me disais-je, si elle aboutit à un livre?"

Ensuite seulement je me suis renseignée sur l'auteur, elle est de l'âge de Claire et ne semble pas rechigner à l'autofiction. Mais quand c'est bien fait... Pas sûr cependant que son écriture m'agrée toujours, trop 'fabriqué' parfois..

Les avis de motspourmots (qui cite le même passage, je viens de le découvrir!),clara Antigone , Cathulu Cuné l’IrrégulièrePapillon, luocine,

mercredi 11 mai 2016

Le huitième livre de Vésale

Le huitième livre de Vésale
El secreto de Vesalio
Jordi Llobregat
Le cherche midi, 2016
Traduit par Vanessa Capieu


Un an avant l'exposition universelle à Paris, Barcelone a eu la sienne, et c'est dans ces lieux et contextes historiques que se déroule le roman de Jordi Llobrégat. Peu de temps avant l'ouverture de l'exposition, Daniel Amat revient en Espagne après des années d'études en Angleterre, appelé par un télégramme lui annonçant le décès de son père. Décès qui ne serait pas naturel, et il décide de reprendre l'enquête que son père menait sur une série de crimes : on retrouve en effet les cadavres de jeunes ou très jeunes femmes, dans des états effroyables (je précise : pas de descriptions in extenso, ne vous inquiétez pas). Avec un journaliste porté sur la boisson et un étudiant en médecine très doué, ils se heurtent à des mystères, des tentatives de dissuasions, et tentent de mettre la main sur ce Huitième livre de Vésale qui devrait leur permettre de comprendre les événements et de contrer l'assassin.

De temps en temps je ne rechigne pas à une lecture un peu 'suspense', j'en lis peu mais je sais reconnaître les, disons, ficelles du genre. Ici nous avons tous les ingrédients d'un page turner, avec découpage haletant et rebondissements garantis. Même une course poursuite en voitures (tirées par des chevaux!). Souterrains peuplés de rats et de rebuts de la société, maisons abandonnées, etc. Ouvriers, prostituées, bonne société, toutes les classes sont présentes.

Il m'a quand même fallu une centaine de pages (sur 620) pour bien m'y caler, après avoir pris la décision de survoler les noms de rues et de quartiers, et détails sur la vie à l'époque, qui ont dû passionner les espagnols mais pas moi (l'écriture est un peu plan plan quand même). Puis je me suis prise au jeu, c'est bien fait, mais parfois too much quand même dans les rebondissements.

Trop rapide parfois, par exemple quand Pau découvre le rendez vous donné par un ex serviteur (page 164), un papier qu'il découvre vraiment par hasard.
Sinon, pour Vésale, je n'ai pas vraiment tout compris. Mais ça ne doit pas avoir d'importance.

Pour amateurs de page turners et de Barcelone.

Des avis sur Babelio,

lundi 9 mai 2016

Les quatre saisons

Les quatre saisons
Passé parfait/Pasado perfecto, trad Caroline Lepage
Vents de carême/Vientos de cuaresma, trad François Gaudry
Electre à la Havane/ Mascaras, trad René Solis et Mara Hernandez
L'automne à Cuba/Paisaje de otono, trad René Solis et Mara Hernandez
Leonardo Padura
Métailié, collection Suites (à savoir poche petit prix ET grande qualité)(10 euros et 250 pages en moyenne)(oui, 1000 en tout, et alors?)


L'éditeur ressortant d'un coup ces quatre saisons, il me les fallait, forcément. Padura et Mario Conde sont des incontournables pour moi. Donc bien sûr, manque total d'objectivité.

Les amateurs de romans policiers peuvent s'y retrouver, avec Mario Conde, lieutenant de police à La Havane depuis dix ans. "La réputation de dingue du commissariat qu'on avait collée au Conde ne tenait pas à de simples bruits de couloir(...). Obstination et pessimisme, anticonformisme et intelligence agressive mêlés étaient les composantes d'un type trop étrange et trop efficace au goût de la police." (avis des collègues)

Disparition mystérieuse (mort ou pas?) du mari de la belle Tamara, mort d'une jeune enseignante, assassinat d'un jeune homme retrouvé habillé d'une robe rouge et celui d'un cubain exilé à Miami et revenu des années après à La Havane, voilà quatre enquêtes (une dans chaque roman) pour Mario Conde qui raviront les lecteurs.

Mais ceux qui connaissent déjà savent qu'il  y a bien plus dans ces romans. La Havane, d'abord, magnifiquement évoquée, ses quartiers délabrés ou riches, toute une population mélangée qui survit parfois. Nous sommes en 1989 et les personnages ont dû en rabattre sur leurs espoirs d'un avenir meilleur. Mario Conde parle d'écrire enfin, d'autres de quitter le pays. Petits trafics, malversations, flics franchissant la ligne, le tableau n'est pas très reluisant.

C'est du bonheur de suivre Mario Conde pas à pas dans ses enquêtes, oui, mais aussi ses doutes, ses nostalgies, et disons ses amours plus ou moins heureuses. Gravitent autour de lui LA bonne bande d'amis d'enfance, particulièrement le Flaco, cloué dans un fauteuil roulant et dont José, sa mère, s'ingénie à proposer des plats extraordinaires (on ne saura pas comment elle se débrouille, dans ce pays aux tickets de rationnement et files d'attente dans les boutiques) et abondants (quand il y en a pour huit, il y en a pour trois).
"Il avait toujours dit que le Conde était un salaud qui aimait souffrir, un incorrigible brasseur de souvenirs, un masochiste indépendant, un hypocondriaque à l'épreuve des coups et le type le plus difficile à consoler au monde." (avis du Flaco)

Chaque histoire est l'occasion d'évoquer le passé ou un aspect du pays. Passé parfait, avec Rafael et Tamara, camarades de lycée, et Vents de carême sont plus axés sur les souvenirs personnels du Conde, Electre à la Havane rappelle que l'homosexualité à Cuba n'était (n'est?) pas acceptée, au travers de destins tragiques, et L'automne à Cuba, se déroulant sous la menace d'un ouragan approchant de l'île, parle entre autres du trafic d'oeuvres d'art lors du départ des riches habitants.

"Mario Conde est une métaphore, pas un policier, et sa vie se déroule, tout simplement, dans l'espace possible de la littérature." (avertissement de l'auteur)

Pour enfoncer le clou, je signale que j'ai englouti les quatre d'affilée, sans souci, sans effort notable et sans ennui. Peut être ai-je une préférence pour les deux derniers, plus sombres, mais tout est à lire, de toute façon.

vendredi 6 mai 2016

Envoyée spéciale

Envoyée spéciale
Jean Echenoz
Les éditions de Minuit, 2016


Bon, Le masque et la Plume était enthousiaste, il me le fallait! Si j'ai bien compris, d'après eux, Echenoz se lâche et devient quasiment barré. Comme je n'ai pas trop lu cet auteur, difficile de voir jusqu'à quel point il lâche la bride, mais c'est sûr que ce n'est pas guindé.
De plus au Masque, l'un a parlé de 'Ah la Corée' et les autres 'Noooooooon, pourquoi tu en parles, fallait pas, etc.' j'ai donc attendu la Corée pendant les 2/3 du roman, c'est malin!

Barré? Je dirais plutôt qu'Echenoz se révèle primesautier et malicieux, choisissant  où aller et avec qui, et à quel rythme, décidant parfois de ne pas donner d'explications et distillant à sa guise les informations sur certains protagonistes.
En gros, on a affaire à une bande de barbouzes mais officiels quand même, parfois bras cassés et cerveaux fêlés, kidnappant en plein Paris une dénommée Constance, qui sera mise au vert quelque temps en Creuse. Cela tombe bien, c'est plutôt vert, la Creuse. Une demande de rançon à son mari sera ignorée, hé oui. Mais il s'agirait bien d'espionnage...
Et la Corée? Celle du nord! Comme j'avais déjà lu pas mal sur ce pays, j'ai sans doute été moins étonnée et intéressée par la description des aventures dans ce pays (je confirme, ce pays est vraiment ainsi d'après les visiteurs) et donc moins incline à grimper aux murs que ceux du Masque et la plume.

Il n'empêche que le côté badinage détaché parfaitement écrit et maîtrisé, virant parfois au barré, oui, ça je sais le reconnaître, se révèle plaisant sans stress particulier, et je vous conseille d'y aller voir, sans garantir si cet opus Echenozien change des autres.

Sans vouloir choisir parmi les multiples passages, je note par ailleurs:
"Qui, à l'usage, fait parfaitement l'affaire et passer le temps."p 298
"Il se remettra vite à fumer ainsi que de ses désillusions."p 302

Les avis de zazymut, joelle, qui renvoie à  Jostein et de Nicole, clara, athalie, christw et sa vision du narrateur.

mercredi 4 mai 2016

L'invitation chez les Stirl

L'invitation chez les Stirl
Paul Gadenne
L'imaginaire Gallimard, 1995
Paru en 1955


Paul Gadenne (1907-1956) ? Jamais entendu parlé, et encore moins de ses romans, avant qu'Erwan Larher ne signale (rapidement) ce roman sur Facebook. D'ailleurs il a le chic pour alourdir ma PAL, c'est grâce à lui que j'ai lu Emilie de Turckheim (et c'est fichtrement bien!). Lors du salon de Chateauroux on a aussi échangé sur ce roman fascinant...


Quelques années auparavant, le peintre parisien Olivier Lérins avait noué une amitié avec le couple Stirl (prononcer steurl) et il finit par répondre à leurs invitations pressantes de les rejoindre dans leur grande villa des Pyrénées. D'emblée, le séjour s'annonce mal, personne pour l’accueillir à la gare ni à la grille. Ethel Stirl est une petit femme ne tenant jamais en place (Olivier peine à la suivre), bavardant sans cesse (et ne répondant pas aux questions ou remarques), trouvant bien pratique de détourner la conversation pour parler à ses chiens. Le mari, architecte, est plutôt malade, tranquille dans son coin.  En dépit de demandes (même biaisées) rien à faire pour qu'Olivier aille dans la voiture des Stirl visiter un de ses amis à une quinzaine de kilomètres de là. Il était venu peindre, impossible de s'y mettre.

"Depuis qu'il était dans cette maison, ses nerfs vibraient", "il ne comprenait pas très bien à quel rythme obéissait la vie des Stirl", bref, il est englué dans l'inaction. Ses échanges avec Mme Stirl tournent toujours à l'affrontement, sans qu'il comprenne la raison, il passe des heures nocturnes à explorer l'immense maison encombrée de meubles. "Cette maison en forme de labyrinthe, craquant de tous ses bois sous le vent, sous la chaleur... Un labyrinthe, avec, au centre, les yeux cruels, fascinants de Mme Stirl, la surhumaine et indifférente beauté de ce visage, pareil à ceux de ces fleurs éclatantes, métalliques et vénéneuses où le bourdon s'engloutit stupidement et périt lentement dans les parfums."
La chaleur trop pesante, les orages violents, le jardin luxuriant... Malaise, malaise... De plus il ressent une douleur dans le côte, tousse beaucoup la nuit...

En note d'introduction, Paul Gadenne annonce "l'ambition que j'ai eue, et que je dévoile sans me faire prier, de composer un ouvrage où ce qui compte est tout ce qui n'est pas dit."

Le roman est court, écrit avec une élégance sans faille, l'ambiance s'alourdit, mais chaque fois qu'Olivier, le narrateur se lance dans une tentative d'explication peu rationnelle, justement sa raison reprend le dessus, il se gourmande et espère. Ses tentatives pour sortir, vouées à l'échec, sont finalement narrées avec ironie, ses regards sur Mme Stirl -et ses chiens- ne manquent pas d'humour; mais comment cela finira-t-il? Comment expliquer les événements? Hé bien, à chacun de découvrir ce qui se cache dans ce roman ambigu. Chacun y verra ce qu'il veut. J'ai trouvé des avis sur internet, fort différents. Fantastique? Ambiance à la Henry James*? Attirance entre Olivier et Ethel?


"Quelle peut être la valeur d'un livre, en dehors de celui qui le lit, et qui ensuite le porte en lui, un temps plus ou moins long, un peu comme l'auteur l'a porté?..."

* J'ai trouvé qu'en effet on peut penser au Tour d'écrou comme ambiance assez malsaine et les questions sans réponses...

lundi 2 mai 2016

Le reste de leur vie

Le reste de leur vie
Jean-Paul Didierlaurent
Au diable vauvert, 2016


Les écrits de Jean-Paul Didierlaurent, c'est comme le bon vin, ça gagne à laisser maturer; ce nouvel opus m'a paru encore plus gouleyant. D'emblée, l'on sait où l'on va, le héros et l'héroïne vont se rencontrer (et plus si affinités) mais reste à savoir quand, comment, pourquoi. En attendant, c'est du bonheur de rencontrer les personnages secondaires navigant autour d'eux, à savoir une brochette de personnes âgées chez qui travaille Manelle, aide à domicile, et la grand mère d'Ambroise, thanatopracteur. Si. L'auteur remercie d'ailleurs l'ami exerçant cette profession méconnue. D'où des passages réalistes bien décrits et un poil d'émotion quand même. Faut le faire!
Revenons aux vivants, qui même s'ils roulent parfois en corbillard ne méprisent pas les nourritures terrestres.

"Pour la vieille femme, le genre humain était composé de deux groupes bien distincts  : les gens qui aimaient le kouign-amann et les autres."
"C'est que ça ne se digère pas n'importe comment, un far. Il y a des temps à respecter, des paliers de décompression stomacale à suivre. La nature a parfois tendance à se rebeller face à une telle intrusion."

Gros plaisir de lecture pour ce roman sans vrais méchants, mais avec des gentils à qui la vie ne sourit pas toujours.

Je termine avec la liste de certaines activités de Manelle - pas prévues du tout dans son planning officiel:
"Lire tous les soirs à haute voix des extraits du dernier Marc Levy à Annie Vaucquelin au moment du coucher pour l'aider à s'endormir;
Gérer le compte en actions de Pierre Ancelin;
Passer une heure à classer les photos de la famille Perron;
Boire un café en papotant;
Manger une part de tarte ou une tranche de cake en papotant;
Regarder et commenter les images des Feux de l'amour à Jeannine Poirier qui n'y voit plus;
Jouer au scrabble avec Ghislaine de Montfaucon;
Préparer tous les vendredis soir son Negroni() à la veuve Dierstein et trinquer avec elle;
Déposer chaque matin une bise sur les joues râpeuses de Samuel Dinsky."

(J'ai fouillé sur internet pour cette histoire de carte d'identité qui me turlupine mais pas trouvé grand chose.)