mercredi 26 avril 2017

Chaumont, c'est aussi l'art contemporain

Oui, Chaumont sur Loire et son festival des jardins, qui ouvre le 20 avril. Alors qu'y faire une semaine avant? Tout a commencé quand ma voisine a dit 'il y a une exposition Sheila Hicks, si ça vous intéresse, je vous emmène'. Ma voisine habite en fait principalement la région parisienne, et elle a ajouté : 'au moins il n'y aura pas de longues files d'attente.'
Bien vu. Les expos et spectacles en province, c'est le bien. Et  assez souvent les mêmes qu'à Paris.

Sheila Hicks? Heu, oui, la laine?
Tapisserie

Ronds de laine et signes étranges (l'expo est nommé Glossolalia)

Grosse envie de tester le confort

Des dreads de rêve (en laine)
Bref, original, coloré, et beau.

En savoir plus ici. Possibilité de se rendre à Paris, si on préfère.

Comment on a passé près d'une heure à regarder des fleurs se balançant au vent ou Le génial Davide Quayola

Au départ un écran avec des fleurs (dahlias, sauges, delphiniums) captés en août 2016, et se mouvant au gré d'un vent assez fort. Puis l'image disparaît et l'écran devient gris. A ce stade, bien des visiteurs se sont contentés de passer, quelle erreur!

Voici ce que j'ai trouvé comme présentation
"Jardins d'Été by Quayola pays homage to the tradition of french impressionism and the late works of Claude Monet.The second iteration of this series of artworks investigates the ways in which nature is observed, studied and synthesized, becoming a point of departure towards abstraction.
Quayola recreated similar conditions to the classical impressionist landscape paintings, however he engaged with an extensive technological apparatus to capture the sensitive nuances of reality beyond our senses. Here natural landscapes are observed and analysed through the eye of the machine, and re-purposed through new modes of visual synthesis.
Jardins d'Été consists of a series of 4K resolution digital video paintings inspired by the gardens of Chateau de Chaumont-sur-Loire. A wide range of floral compositions manipulated by high winds are filmed at night in ultra-high definition. Quayola edits the acquired videos with complex computational analysis of motion, composition and colour schemes which become the foundation for the creation of new algorithmic paintings.
"
Traduction du début à l'arrache pour Aifelle :" Hommage à l'impressionnisme et aux dernières  oeuvres de Monet" Comme l'a observé ma voisine (autant fascinée que moi), c'est idéal pour expliquer à des élèves, on croirait les nymphéas, etc. On aurait cru voir des tableaux se peindre sous nos yeux...

Un exemple sur internet https://vimeo.com/194977317  et https://vimeo.com/195298933 mais très très incomplet hélas.

Après L'herbier de curiosités de Marie Denis

Plaisir des yeux, formes parfaites
Voici 0/1 Zwischen null und eins d'Andrea Wolfensberger
Disons qu'il y a une explication avec les chiffres 0 et 1 prononcés en diverses langues, mais je dis juste que c'est en carton (des lamelles découpées et collées)
A première vue : ouais.
Mais, incroyable, je regarde ce que donnent mes photos, et là : cela change tout!



La photo sublime l'oeuvre!

Sara Favriau et ses cabanes, ainsi que sa colonne

Passons dans les écuries...
Les milliers de fleurs suspendues de Rebecca Louise Law



Le nid des murmures de Stéphane Guiran, et 4000 fleurs de quartz : magique!


Dans la pénombre, chuchotis, oud...
Le making off : https://vimeo.com/206153657

Encore des installations à venir, et toujours expos dans le château, dans le parc, et aussi le festival des jardins bien sûr!
Sans les jardins, pas encore ouverts, on y a passé quatre heures...

Article non sponsorisé, mais j'en ai eu pour mes douze euros!

lundi 24 avril 2017

Photo de groupe au bord du fleuve

Photo de groupe au bord du fleuve
Emmanuel Dongala
Actes sud, 2010




En fait je voulais découvrir Dongala avec son dernier roman, La sonate à Bridgetower, car l'auteur en interview radio m'avait beaucoup donné envie (et puis Beethoven, tout ça, c'est mon créneau), sauf que rien pour l'instant à la bibli, alors des échos favorables de copines blogueuses m'ont emmenée vers Photo de groupe au bord du fleuve.
Ah que je les remercie!!!

Méréana et une quinzaine d'autres femmes gagnent péniblement leur vie à casser des cailloux au bord du fleuve. A dix mille FCFA le sac (100 FCF = 1F). Mais la demande augmente, grâce à des travaux (pharaoniques?) prévus, les intermédiaires vendent plus cher, mais en achetant toujours au même prix. Méréana et ses camarades ont décidé de monter leur prix à vingt mille (négociable quinze mille, mais chut), sinon, pas de cailloux. Devenue porte parole, Méréana, comme ses amies, se voient affronter les menaces, la violence, les tentatives de corruption, etc. L'affaire devient nationale voire internationale.

En trois cents pages absolument passionnantes, on s'attache à ce groupe de femmes d'âges et de passés bien divers, mais soudées entre elles. La solidarité n'est pas un vain mot, et l'espoir et la ténacité les portent. C'est pour l'auteur l'occasion de brosser le portrait d'une Afrique hélas pauvre et corrompue, mais tellement bourrée de potentiel humain (surtout féminin, là). Ces femmes, on apprend à les connaître, avec leurs histoires souvent effroyables, et fort représentatives. C'est bourré d'énergie, d'humour et d'émotion, et pour ce que j'en sais c'est extrêmement proche de la réalité (rien que la description d'une jeune fille faisant démarrer sa mobylette, c'est d'une précision absolue)(et la battle entre l'épouse et le 'deuxième bureau', quel bon moment).

Lire le monde organisait une lecture commune d' Emmanuel Dongala. Les avis de A girl, Chez Mark et Marcel, Ingannmic, Tête de lecture, lecturissime,
Et ce titre entre dans Lire sous la contrainte

vendredi 21 avril 2017

Les primates de Park Avenue

Les primates de Park Avenue
Wednesday Martin
Globe, 2017
Traduit par Morgane Saysana


Originaire du Midwest, Wednesday Martin poursuit ses études à New York et s'intéresse particulièrement à l'anthropologie. A la trentaine bien entamée, elle épouse un autochtone, résidant avec leur jeune fils dans une maison au sud de Manhattan. Enceinte d'un deuxième fils, elle se lance à la recherche de l'appartement idéal qu'elle veut absolument situé dans l'Upper East Side de Manhattan, en gros à l'ouest de Central Park, qui semble être le top du top pour y élever ses enfants. De l'autre côté, l'Upper West Side, sans être la zone, est moins coté.

Une 'note de synthèse' résume cela ainsi :
"A l'origine, j'étais un nouvel élément tout juste transféré dans ce groupe spécifique de primates d'ordre supérieur : une fois arrivée à maturité sexuelle, j'avais quitté un groupe assez éloigné de clui-ci sur les plans géographique et culturel, pour m'établir au sud de l'île, adoptant les pratiques et les attitudes en vigueur dans ce nouvel habitat, avant de migrer vers la partie la plus septentrionale de l'île, une véritable niche de surabondance, en quête d'opportunités pur ma progéniture et moi."

Braves gens, on est là dans le territoire des extrêmement riches. L'auteur et son mari, financièrement assez à l'aise pour s'offrir un appartement proche de Central Park, ne sont pas du tout les plus riches là-bas, et c'est un vrai parcours du combattant pour trouver un appartement dans ses moyens (même grands, les moyens), inscrire son fils à l'école maternelle, puis cesser d'être snobée par les autres mères d'élèves. Elle s'en tire grâce aux réseaux et à une discussion avec un 'mâle alpha'.

Avec Wednesday, nous découvrons ce monde là, à mille lieues sans doute du nôtre (si c'est le vôtre, désolée). Dès le matin il faut absolument être parfaitement coiffée, maquillée et habillée (et pas chez Tati), demeurer mince (au-dessus du 34, t'es morte), faire face au stress et à la compétition. Tout cela pour donner le meilleur à ses enfants, ce qui est l'aspiration de toutes les mères du monde, non?

On pourrait se sentir à mille lieues de ces problèmes d'ultra riches (la recherche d'un Birkin m'a quand même fait ouvrir de grands yeux, j'ai cherché sur wikipedia pour voir une photo, bon, oui, c'est un sac pratique et solide, mais what else?)(phase d'indigénisation pour l'auteur)(et elle a dû le mettre au rancart, pour raisons de santé)(je suis preneuse, tiens) mais vers la fin j'ai été touchée à cœur par un épisode tragique de la vie de l'auteur, découvrant à ce moment la solidarité et l'amitié de bien de ces mères paraissant frivoles et hostiles.

Je ressors donc enthousiaste de la lecture de ce récit qui, cerise sur le gâteau, est présenté sous les auspices de l'anthropologie (et de l'humour), dans un savoureux décalage, en particulier dans les 'notes de synthèse'.

mercredi 19 avril 2017

Electre 21

Electre 21
Romel
Daphnis et Chloé, 2017



A quelques années de notre 2017, mais pas trop, GlobalTrotter est la première société européenne de services et d'applications numériques, attirant les meilleurs cerveaux et brassant des millions d'euros. A sa tête, Gratien Malo, amateur de tableaux et de marché aux puces (non électroniques). C'est là que son flair le mène sur la piste d'un Picasso inconnu.
La vie de famille de Gratien Malo est moins réussie. Sa femme le hait depuis le décès d'une de leurs filles, son fils a disparu, fort heureusement tout se passe bien avec les deux autres filles, dont Ludovine qui l'adore.

Dès le début, les principaux personnages du roman sont associés à l'histoire d'Electre, fille d'Agamemnon et Clytemnestre, nous sommes donc chez les Atrides, pas chez les Bisounours. C'est seulement à moitié de ma lecture que je suis allée vérifier, les grandes lignes sont conservées, mais il n'est pas nécessaire à mon avis d'être trop au courant de l'histoire grecque. En effet le roman se lit aisément et avec plaisir. Toute l'enquête sur les tableaux confisqués par les nazis et les liens avec le Vatican est passionnante (je suis même allée vérifier s'il y avait un lieu-dit Etang-fleuri à Lassay sur Croisne,  hé bien non, juste le 'Château de Thierry La Fronde', bref), le futur que laisse entrevoir GlobalTrotter peut effrayer, les coups de griffe sur certains milieux people et politique sont amusants, et Alva parle magnifiquement des couleurs.

"L'art aussi est un refuge, une alternative à la manipulation des esprits par l'industrie du numérique."

Comme avec Soif de musique, son précédent roman, Romel a su me captiver. J'ai trouvé très malin de faire intervenir Picasso, qui signait parfois le Minotaure...

lundi 17 avril 2017

Comment j'ai vidé la maison de mes parents

Comment j'ai vidé la maison de mes parents
Lydia Flem
La librairie du XXIé siècle
Seuil, 2004

Blabla préliminaire
Pour attaquer franchement cette lecture, il aura sans doute fallu que j'aie commencé à vider la maison de mes parents. En trichant un peu, puisque ma mère y habite encore et s'est bien prise au jeu du vide armoires et cartons (j'ai noté une petite résistance en ce qui concerne la vaisselle mais je ne désespère pas de la convaincre de ranger ailleurs celle qui ne sert jamais ou presque). A son instigation les manteaux de ma grand-mère (décédée il y a plus de trente ans!) ont enfin quitté la maison. Prochainement : les jouets d'enfants!
Dernièrement en vidant/rangeant j'ai retrouvé des objets (sans valeur autre que sentimentale) fabriqués par mon père, dont un avec mon nom dessus, que je me suis donc approprié! 

Deux citations de Roz Chast sur un sujet similaire
"Un de mes amis a une excellente règle pour ce qui est de vider la maison de vos parents: si vous ne pensez pas que vos enfants le voudront, ne le prenez pas."
et
"Ce n'est pas par hasard que la plupart des pubs visent les gens de 20 et 30 ans; non seulement ils sont beaucoup plus mignons que leurs aînés ; ... mais en plus ils risquent moins d'avoir vécu l'épreuve formatrice de trier les affaires de leurs parents décédés ; une fois que vous serez passés par là, vous ne verrez plus jamais vos affaires à vous de la même manière."

Respirons donc un grand coup et abordons (enfin) le livre de Lydia Flem.
Fille unique, Lydia Flem vient de perdre sa mère, suivant de quelques mois son père. La voilà héritière et face à l'obligation de vider la maison.
"Je suis pour les donations et contre les héritages. Il faudrait toujours faire un testament, désigner nommément ce que l'on souhaite léguer et à qui on le destine. (...) J'héritais, j'aurais aimé recevoir."
Il semblerait en effet que la voilà face à des objets qu'on ne lui avait jamais confiés sans la mettre en garde (ou dire non).

Impossible non plus de tout garder.  "Pour chaque objet, chaque meuble, chaque vêtement, chaque papier, il n'y avait que quatre directions, comme à la croisée des chemins la rose des vents : garder, offrir, vendre ou jeter." Et choisir la catégorie. Faut-il fourrer les papiers dans un sac et les brûler  sans les lire? Que risque-t-on de découvrir? Lydia Flem revient brièvement sur le passé de sa famille, certains disparus dans les camps, elle découvre des papiers visiblement mis de côté pour qu’elle les trouve et les garde. Elle trouve des trucs jamais jetés (ses biberons!).

Elle choisit de garder quelques lettres."Retrouver un morceau de papier couvert de leurs calligraphies réveillait la nostalgie. L'écriture, comme la voix, est une émanation du corps. Mais la voix s'éteint, la graphie reste."

Parfois "j'en voulais à mes parents de n'avoir pas pensé à faire eux-mêmes ce grand nettoyage."

Ne pouvant trouver d'acquéreur à prix raisonnable pour les meubles, elle préfère les donner. "le plaisir de donner était sans ambivalence." Quant aux vêtements de sa mère, faits mains avec du chic, elle a la chance de trouver une amie qui saura les porter exactement comme rêvé.

N'ayez pas crainte de lire ce bel essai ou témoignage, oui il y a des deux, car Lydia Flem explore aussi notre inconscient, ce n'est pas plombant du tout. Chacun a eu ou aura son expérience personnelle. Je ne saurais trop vous conseiller, d’ailleurs, de  penser à vider votre propre maison en préparation (non, ça ne vous tuera pas!). Hélas cela n'empêchera pas la douleur du deuil pour ceux qui restent. Mais il en auront moins à jeter. Pourtant conserver, comme les parents de Lydia Flem, se comprend avec leur histoire personnelle, leur jeunesse marquée d'exils et de disparitions.

L'avis de Anne, cette année aux manettes du mois belge.


vendredi 14 avril 2017

La Daronne

La Daronne
Hannelore Cayre
Métailié, 2017


Même si vous savez déjà que Patience veuve Portefeux est traductrice-interprète judiciaire, payée au noir, consacrant tout ce qu’elle gagne à payer l'EPHAD où survit sa mère, et qu'elle va décider de devenir la Daronne, désireuse d'écouler une tonne deux de (très très bon) cannabis et profitant pour cela des contacts téléphoniques dont elle a assuré la traduction, hé bien vous ne savez vraiment pas tout! Je n'ai pu empêcher des rires (de hyène hilare) de m'échapper en apprenant comment elle a (re)trouvé la came, et où elle effectue ses échanges avec les dealeurs. Une drôle d'héroïne (OK je n'allais pas la rater celle-là), aux opinions bien tranchées teintées au vitriol. Rien ou presque n'est épargné, et c'est souvent l'occasion de réfléchir, par exemple sur la fin de vie et la consommation de drogue!

"Tout ça fonctionnait dans un milieu fermé exclusivement marocain où tout le monde se connaissait à la fois en France et au bled. Un circuit court de vente et de blanchiment donc, totalement calqué sur l'économie réelle. Du producteur au consommateur, comme les paniers de légumes bio pour bobos."

"J'ai immédiatement reconnu mes interlocuteurs.[les dealeurs]
Un plaisir pour les yeux.
Porsche Cayenne aux vitres teintées encerclée d’emballages de fast-food jetés par terre et garée sur une place handicapé, rap et climatisation à fond, les portières ouvertes -gros porcs avec collier de barbe filasse sans moustache, pantacourt, tongs de piscine, tee-shirt Fly Emirates PSG flattant les bourrelets, et pour la touche accessoires chic de l'été : pochette Vuitton balançant sur gros bide et lunettes Tony Montana réfléchissantes.
La totale. Le nouvel orientalisme."

Je ne peux que remercier Cuneipage et JM Laherrère pour leurs billets tentateurs, et l'éditeur ainsi que Camille P pour sa réactivité! Il me reste à découvrir les autres titres de l'auteur à la médiathèque, et je m'en fais une fête!
Et Aifelle en parle juste aujourd'hui (sans nous concerter)

mercredi 12 avril 2017

Le salut viendra de la mer

Le salut viendra de la mer

Το καλό θα 'ρθει από τη θάλασσα

Christos Ikonòmou
Quidam, 2017
Traduit par Michel Volkovitch



On pourrait dire qu'il s'agit de quatre nouvelles, mais non, tout est soudé par l'unité de lieu, et de personnages. On va dire quatre histoires, sur des grecs du continent (appelés Athéniens mais pas forcément d'Athènes) poussés par le chômage, la misère, la vie, quoi, à chercher une meilleure vie dans une île (grecque).  Immigrés de l'intérieur, oui. Une île imaginaire, où souffle le vent, percée de grottes sans fond. Affrontements entre Ceux d'aut'part et les rats. Les touristes ne voient rien de cela, les prix sont hauts, les fruits et légumes ne sont pas locaux, mais baste. Alors les nouveaux arrivants se lancent dans le maraîchage, ouvrent des restaurants, et ça ne plait pas. Nouveaux riches, mafia locale, veillent à ce que tout continue comme avant.


"Le salut viendra de la mer, a dit Tassos" Pauvre Tassos, héros de la première histoire. 
"A quoi ça sert un père tout seul?" Lazaros cherche son fils disparu.

"Je me dis quelquefois, on a perdu nos boulots, perdu nos maisons, perdu nos vies- pourquoi pas aussi la mémoire? Pourquoi? Pourquoi ils nous ont pris tout le reste en nous laissant la mémoire? Pourquoi ils ne l'ont pas volée aussi?
Ce qui te détruit, ce n'est pas d'être devenu pauvre.ce qui te détruit, c'est te souvenir qu'un jour tu n'étais pas pauvre. C'est ça qui détruit."


Mais en fait j'aurais pu seulement parler de la langue de l'auteur, lyrique, rude, brute, poétique souvent, au souffle emportant le lecteur; il n'hésite pas à répéter quelques passages, à s'inspirer d'écrits néo testamentaires, à insérer des termes anglais. De la tragédie (grecque) à l'état pur. A découvrir, oui!

Parfait pour Lire le monde chez Tête de lecture
Merci à Aifelle  de m'avoir signalé l'article de Télérama.


lundi 10 avril 2017

Riquet à la houppe

Riquet à la houppe
Amélie Nothomb
Albin Michel, 2016


Je crois que le dernier roman de l'auteur que j'ai lu était Ni d'Eve ni d'Adam, paru en 2007, donc avant l'ouverture du blog. Roman dans la veine autobiographique extrême-orientale d'Amélie Nothomb.

Pour Riquet à la houppe, notre belge la plus médiatique se lance (encore, après Barbe Bleue), dans la réécriture à sa façon d'un conte plus ou moins connu.

Enide et Honorat ont (enfin!) un fils, Déodat. Très laid. Pas bossu, mais de justesse, notre 21ème siècle connaît les kinés. Très intelligent.
La petite Trémière, elle, est très très belle, et comme elle porte sur le monde un regard contemplatif passe pour inintelligente.
Ces deux-là vont finir par se rencontrer.

Bon, sans surprise, cela se lit vite, sans déplaisir, mais sans passion non plus. Est-ce 'l'effet conte', je l'ignore, mais j'ai eu du mal à me passionner pour les personnages. En dépit de leurs démêlés avec les autres humains, rien n'accroche, c'est fluide, les années passent.
Bien sûr il y a de l'humour, Amélie Nothomb s'amuse beaucoup, notons par exemple l'influence de la télévision.

A la tout fin, l'auteur s'interroge sur la littérature, en particulier la littérature amoureuse, qui se doit de 'se terminer très mal'. Elle cite quelques contre-exemples, et raconte aussi avoir lu en 2015 toute la comédie humaine, comptant les histoires d'amour et parmi elles celles se terminant bien. On a les pourcentages.
Alors je lance un appel à Amélie Nothomb: je vous aime beaucoup, je vous admire, vous êtes sympathique, bourrée d'humour, cultivée, vous savez écrire plaisamment. Délaissez pour une fois le roman annuel, et racontez-nous vos lectures (franchement, toute le comédie humaine en un an, ça c'est de la lectrice!!), vos avis de lectrice, votre conception du roman, vos coups de cœur, vos détestations, bref là je vous suivrai à fond!

Depuis j'ai trouvé une vidéo complètement barrée où vous expliquez votre rapport au stylo bic, alors je vous en prie, un tel potentiel dans le décalé (toujours un poil visible dans vos romans, je l'admets), débridez-le dans un futur roman!

Une lecture commune avec A girl!

Le mois belge est de retour, avec Anne aux commandes cette fois.

vendredi 7 avril 2017

La femme tombée du ciel

La femme tombée du ciel
The back of the turtle
Thomas King
Philippe Rey, 2017
Traduit par Caroline Lavoie

Thomas King est né en 1943 aux Etats Unis, mais vit au Canada depuis les années 1980. C'est 'l'un des plus grands intellectuels et écrivains des Premières Nations, les peuples autochtones canadiens.' La femme tombée du ciel a obtenu en 2014 le prix du Gouverneur général.

Mais quel beau roman! Un sujet sérieux, tragique, mais traité de sorte qu'on n'aie pas envie de se jeter à la mer, comme l'un des héros, Gabriel Quinn. Il faut dire que celui-ci, rongé par la culpabilité, s'est réfugié en Colombie Britannique, dans un village près d'une réserve où vivait sa mère. Depuis des années, Gabriel travaillait à Toronto pour Domidion, une grosse entreprise plus avide de profits que d'éthique, et avait mis au point un défoliant, responsable d'une catastrophe écologique, le 9 mars 2011 -la date a de l'importance, les médias ont ensuite eu pire à traiter, à ce moment là.

La réserve est vide, le village à côté, jadis fort touristique car accueillant des tortues venues pondre, est quasi vide, Gabriel y rencontre Sonny, drôle de petit gamin, Mara, peintre revenue après la catastrophe, Crisp, étrange type quand même, et un chien formidable, baptisé Soldat.

Pendant ce temps, à Toronto, le P-DG de Domidion, Dorian Asher, tente d'oublier ses soucis en faisant les magasins, refusant de rencontrer son médecin, et tentant de colmater les brèches des scandales liés à son entreprise.

Vite, la mer!
Dit comme cela, on craint le truc écolo prêchi-prêcha, hé bien pas du tout! Même le Dorian a des côtés peut-être pas sympathiques, mais humains, et une des réussites de l'auteur est d'avoir rendu son histoire avec humour.
Petit à petit les liens entre les personnages se découvrent, Crisp en particulier a une façon de s'exprimer légèrement barge, qui est ce type, d'ailleurs? un veilleur? un omniscient? Et puis, la note d'espoir à la fin. Comme pense Crisp, "Mais c'est connu, les chiens aiment les fins heureuses."

(note page 253, l'avis sur Trump, en 2014...)

mercredi 5 avril 2017

Qui veut la peau d'Anna C.?

Qui veut la peau d'Anna C.?
Se faire passer pour quelqu'un d'autre est rarement une bonne idée...
Sophie Henrionnet
City, 2017



Mais où l'auteur va-t-elle chercher tout ça? De roman en roman, on retrouve ces héroïnes bien sympathiques ayant l'art d'attirer les ennuis. Tenez, un soir, pour se débarrasser d'un type collant, Marie prétend se nommer Anna Costello (et donne le numéro de son ex, ça c'est de la bonne idée!), information qui n'a pas dû tomber dans l’oreille d'un sourd puisqu'elle est agressée, et, ouf, sauvée par Grégoire.

Les déboires de Marie qui s'est fait voler sa promotion à la bibliothèque où elle travaille, par une certaine Linda qui n'a pas inventé l'eau chaude, surtout pour classer les livres (quoique, par couleurs...), c'est le bonus, car l'on se recentre vite sur Anna Costello, grâce notamment à la maladresse de Marie qui n'écoute pas franchement les conseils. Alors, Grégoire, puis sa voisine et meilleure copine, puis un beau policier, puis quelques habitants de l'Anjou (et même l'ex), voilà qui donne une comédie trépidante et marrante.

Entre le gros roman pavé d'un (j'espère) futur prix Nobel et l'autobiographie d'une professeur de biologie cellulaire et moléculaire appliquée à l'oncologie (j'me la pète, hein, mais c'est aisé à lire), le dernier roman de Sophie Henrionnet est absolument parfait!

"Mon instinct me soufflait qu'il était inoffensif, mais mon instinct m'avait aussi certifié que j'allais avoir une promotion, qu'un jour je me fiancerais à Georges Clooney et que le marché du pâté pour chiens aux agrumes était porteur en Bourse."

lundi 3 avril 2017

La pipe de Maigret / Maigret se fâche

Mais oui, Simenon pour le mois belge!

Ceci n'est pas un tableau de Magritte (idée prise sur internet j'ai oublié où)

La pipe de Maigret et Maigret se fâche
(écrits en 45, publiés en 47)
Georges Simenon
Lu dans un gros bouquin France Loisirs, 1989

Le commissaire Maigret n'est pas content : sa pipe (disons, une de ses pipes) a disparu, et pas n'importe où, sur son lieu de travail, au Quai des orfèvres. Vite il soupçonne le jeune Joseph, apprenti coiffeur, et venu dans son bureau avec sa mère se plaindre que dans sa maison des objets changent de place, sans que rien ne soit volé, où des traces de pas sont visibles. La mère, veuve, visiblement étouffante pour son entourage, n'attire pas l'envie d'intervenir, mais, quoi, la pipe a disparu! Maigret démarre donc l'enquête.

Après le milieu étriqué et assez pauvre de La pipe de Maigret, l'ex-commissaire, car désormais il est à la retraite et s'ennuie un peu sans se l'avouer, va se retrouver en riche milieu bourgeois, avec ses secrets bien cachés et épouvantables. Cette fois c'est la grand mère qui lui intime de l'aider, sa petite fille s'étant mystérieusement noyée.

Voilà les démarrages des deux (courts) romans, que je vous mets au défi de lâcher une fois démarrés. Pierre Assouline disait de Simenon "Il n'y a pas de gras chez Simenon. On est à l'os tout de suite." et c'est parfaitement exact. Des détails, oui, mais jamais inutiles, l'art d'esquisser une ambiance ou des traits de caractères en quelques mots, des dialogues tendus et efficaces, et des ellipses parfaites.
Ce que j'avais oublié, c'est la noirceur des intrigues. On n'en sort pas indemne, on étouffe un peu.

Je recommande, mais pour ma part, je n'ai pu lire que ces deux là d'affilée, ressentant le besoin de prendre l'air...

Le mois belge est de retour, avec Anne aux commandes cette fois.