vendredi 26 mai 2017

Si rude soit le début

Si rude soit le début
Asi empieza lo malo
Javier Marias
Gallimard, 2017
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

COUP DE COEUR AUTEUR CHOUCHOU

Wahou m'exclamai-je en terminant, hors d'haleine, le vertigineux dernier chapitre du roman. Chic, pensai-je, quelques jours auparavant, en m'emparant de ce livre réservé pour moi à la médiathèque. Une bête de belle épaisseur, présage de lecture consistante, d'où ma joie intérieure. Même pas atténuée par la nouvelle que deux autres usagers avaient réservé le livre, et en conséquence impossibilité de prolonger le prêt. Etant une fille positive, j'en ai conclu, non que j'allais devoir lire ce pavé fissa, mais que cet auteur avait des fans locaux, et en ai profité pour demander à la médiathèque l'achat de deux autres titres de Javier Marias.

Comme pour mes auteurs chouchous (oui, encore un) j'ai foncé sans regarder la quatrième de couverture (très bien faite, d'ailleurs), et me suis régalée. De toute façon, l'histoire -quoique palpitante, peut se résumer courtement.

Madrid, 1980. Peu après la mort de Franco. Juan De Vere, 23 ans, assiste Eduardo Muriel, réalisateur de films, marié à Beatriz. Pour ses recherches, il passe de plus en plus de temps dans l'appartement du couple, devenant inaperçu, et découvrant l'inexplicable détestation de son employeur à l'égard de son épouse. Par ailleurs, Eduardo lui confie une enquête sur un de ses amis, le docteur Van Vechten, dont le comportement aurait été insupportable.

Deux questions prégnantes durant tout le roman : qu'a donc fait le docteur, et quand? Pourquoi cette haine à l'égard de Beatriz?

Mais quel roman! Javier Marias est un maître de la narration. Le jeune Juan - de nos jours plus âgé et père de famille- est à la fois naïf et curieux. Il sera témoin ou acteur de scènes absolument fascinantes, qui auraient pu se révéler de mauvais goût, mais croyez-moi, non, jamais.

D'accord, l'auteur, comme d'habitude, emmêle son lecteur dans des phrases longues, à incises et parenthèses, usant d'échos au fil du texte, mais ce n'est pas un problème. Toujours il garde son lecteur vigilant, participant lui aussi à ces grands questionnements sur "l'oubli et le pardon" (et pas uniquement relativement au franquisme), et la "passion et la haine".

Explication du titre
"Si rude soit le début, le pire reste derrière nous, voilà ce que dit la citation de Shakespeare que Muriel avait paraphrasée pour se référer à l'avantage, au bien-fondé de renoncer à ce que l'on ne peut savoir, de se soustraire au bruit de fond de ce que l'on nous raconte tout au long de la vie, d'autant plus que ce que nous vivons et ce dont nous sommes témoins ressemble parfois davantage à une histoire que l'on nous raconte, à mesure que cela s'éloigne de nous, que cela se ternit au fil du temps, s’estompe, tandis que s'égrènent les jours, ou s'embue,  non que nous commencions à douter de son existence (même si cela peut nous arriver) mais plutôt que cela perd de sa couleur et se racornit. Ce qui était important ne l'est plus, ou ne l'est que très vaguement, et pour lui reconnaître la moindre importance, il vous faut faire un réel effort; ce qui nous semblait crucial s'avère insignifiant, et ce qui nous a gâché la vie nous paraît un enfantillage, une exagération, une sottise. Comment ai-je pu me mettre dans un état pareil et culpabiliser à ce point? Comment ai-je pu...(...) (Pages 419 à 421)

"Chacun de nous est une masse dans l'océan que les autres évitent ou vers laquelle ils se dirigent ou contre laquelle ils se heurtent."

Si rude soit le début, le pire reste derrière nous... Thus bad begins and worse remains behind. Hamlet, Acte III, scène 4

Un avis,

mercredi 24 mai 2017

Femmes et pommiers

Femmes et pommiers
Kvinnor och äppelträd, 1933
Moa Martinson
L'élan, 2017
Traduit par Lise Froger-Olsson (et auteur de la postface)


Ginkgo éditeur (et L'élan) se lancent dans une chouette collection d'auteurs suédois des années 30 (voir L'autre Paris de Ivar Lo-Johansson) s'étant intéressés aux petits, aux sans grades, à ceux pour qui la fin de mois démarre bien tôt, mais sans misérabilisme. Qu'on ne s'imagine pas du poussiéreux, du daté, encore une fois j'ai reçu une pépite dans ma boîte (Merci!)

Moa Martinson (1890-1964) - merci wiki- est une des figures de la littérature prolétarienne dans la Suède des années 20-30; fille d'ouvrière, scolarité en pointillés, syndicaliste, etc. Un profil que l'on retrouve chez les héroïnes du roman Femmes et pommiers.

Mais que l'on ne craigne pas un pudding lourdingue et pamphlétaire! Femmes et pommiers est un magnifique roman, aux personnages attachants, écrit avec une parfaite maîtrise, sans hésiter à décaler la chronologie, à faire courir les années en une ligne puis à s'arrêter pour une description quand un de ses héroïnes se déplace dans la campagne suédoise, ou l'insertion d'une petite réflexion.

Dans un beau chapitre introductif, Sofi et Fredrika bousculent passablement le village et font jaser en prenant un bain une fois la semaine, occasion pour Moa Martinson d'évoquer la vie fermière au cours du 19ème siècle (ah le champ de blanchissage...)

Début 20ème siècle, apparaissent deux arrières petites filles de Sofi; leur enfance se déroule dans des faubourgs déshérités de la ville, et bientôt elles s'installeront dans un petit coin de campagne, où elles deviendront amies. Ce sont de vaillantes femmes, dotées de maris portés sur la boisson. d'ailleurs l'eau de vie fait des ravages semble-t-il à l'époque. Chômage, extrême pauvreté, services sociaux présents pas forcément efficaces, superstitions, le tableau n'est pas rose, mais jamais sans un rayon de soleil, et souvent de l'humour.

A découvrir, bien sûr.

Et ce titre entre dans Lire sous la contrainte
et  Lire le monde

lundi 22 mai 2017

La rabouilleuse

La Rabouilleuse
Honoré de Balzac
Cercle du biblophile


J'ai juste appris que le titre donné en traduction anglaise est The black sheep (le mouton noir) et franchement, c'est finalement un excellent titre! Parue en plusieurs parties au début des années 1840, l'oeuvre appartient aux Scènes de la vie de province, et, s'il y apparaît bien une rabouilleuse, ce sont les figures de deux frères qui en ressortent tout du long. Ou bien un célibataire dont l'héritage suscite des convoitises. Il paraît que si dans un roman le méchant est réussi, le roman aussi, alors là on est gâté, il y a deux méchants... (en fait c'est plutôt pour les films, selon Hitchcock, mais bon, on voit l'idée)

A l'origine de cette relecture (lecture commune avec Fanja), il y a un passage à Issoudun pour découvrir quelques toiles de Zao Wu Ki lors d'une caniculaire journée d'août 2016. Et comme je me souvenais que La rabouilleuse se déroule à Issoudun, hop c'était parti, LAL +1. Oui, il ne nous faut pas grand chose...

"Rabouiller est un mot berrichon qui peint admirablement ce qu'il veut exprimer : l'action de troubler l'eau d'un ruisseau en la faisant bouillonner à l'ide d’une grosse branche d'arbre dont les rameaux sont disposés en forme de raquette. Les écrevisses effrayées par cette opération, dont le sens leur échappe, remontent précipitamment le cours d'eau, et dans leur trouble se jettent au milieu des engins que le pêcheur a placés à une distance convenable. Flore Brazier tenait à la main son rabouilloir avec la grâce naturelle à l'innocence."

Flore, donc, la Rabouilleuse, n'arrive qu'au milieu du roman, attirant l'attention du père de Jean-Jacques Rouget et d'Agathe Bridau, deux frère et soeur ne s'étant pas vus depuis des décennies. Auparavant Balzac nous régale des aventures d'Agathe à Paris, son veuvage de Bridau, sa préférence pour son aîné Philippe, militaire de métier et voyou de A à Z, et son incompréhension du talent de Joseph, son cadet, peintre peinant à être reconnu.
Jean-Jacques Rouget hérite toute la fortune de son père, et tombe sous la coupe de ladite Rabouilleuse, qui le mène par le bout du nez. Mais elle va tomber amoureuse d'un certain Max, militaire et voyou tout autant que Philippe.
Il faut agir vite, l'argent risque de tomber dans l’escarcelle de Flore et Max, arrivent donc à Issoudun les 'parisiens', les Bridau, quoi...

Cela paraît compliqué, mais Balzac mène bien son lecteur (je me suis quand même demandé quand le roman allait commencer, j'attendais la rabouilleuse du titre) et tout ce qu'il raconte est intéressant, vivement mené, et on s'amuse fort la plupart du temps. Cela forme finalement un tout (ouf!) et l'amateur de Balzac prend plaisir à reconnaître des figures de passages, des noms connus de la Comédie Humaine. Voilà donc un 'classique' laissant un bon goût en bouche.

Deux petits passages qui m'ont amusée
"Florentine a sa mère; tu comprends que je n'ai pas les moyens de lui en payer une, et que la bonne femme est sa vraie mère." (oui, ces actrices et femmes du demi-monde...)

"Vous ne savez pas ce qui se passe dans ces ateliers! Les artistes y ont des femmes nues.
-Mais ils y font du feu, j'espère."

Clin d'oeil avec notre présent :
"Il exista de 1815 à 1823 , et peut-être plus tard, un bouchon tenu par une femme appelée la mère Cognette."
Hé bien le restaurant La Cognette existe toujours, mais depuis que Balzac le fréquenta, les tarifs se sont bien envolés.
Je me suis amusée aussi de ce
"Hochon, jadis receveur des tailles à Selles en Berry, né d'ailleurs à Issoudun, était revenu s'y marier avec la soeur du subdélégué, le galant Lousteau."

vendredi 19 mai 2017

Faut-il manger les animaux?

Faut-il manger les animaux?
Eating animals
Jonathan Safran Foer
Editions de l'Olivier, 2011



Ce n'est pas le premier livre sur le sujet que je lis, mais peu ont passé l'épreuve du billet de blog. Ici, à l'instar de Défaite des maîtres et possesseurs , l'écriture est celle d'un romancier. Ce n'est pourtant pas un roman, tout est vrai, les notes en fin de livre sont détaillées, les enquêtes sur le terrain multiples et les souvenirs familiaux méritent crédibilité. Ce n'est pas 'agréable à lire', oh que non!, mais c'est absolument passionnant de bout en bout. Alors même si l'on pense 'encore un de ces machins destinés à nous faire honte de manger de la viande', on peut découvrir ce que JS Foer nous raconte sur le sujet, et si on se délecte ordinairement  de thrillers à vous hérisser le poil, hélas certains passages donneront la nausée à tout humain de sensibilité normale.

Pour avoir lu récemment Antispéciste d'Aymeric Caron (un poil longuet et dispersé), Le végétarien sans peine de Gabriel Bertaud (plein d'humour et recommandé), et Sommes nous trop 'bêtes' pour comprendre l'intelligence des animaux de Frans de Waal (à lire!), j'attaquais Faut-il manger les animaux avec de bonnes bases, non? Mais fichtre, le gros du bouquin de JS Foer concerne l'élevage industriel et l'abattage industriel, et c'est très très rude à lire par moments. Mais il faut le lire. Ces industries sont là pour faire du fric, et si c'est rentable, c'est parce que ce sont les impôts des citoyens qui réparent les désordres écologiques et sanitaires.

Dès le départ il n'assène pas ses opinions, il reconnaît que manger c'est bien plus qu'ingérer de la nourriture (j'adore sa grand mère, rescapée de la seconde guerre mondiale, affamée et refusant de manger du porc, "- pas même si ça te sauvait la vie? -Si plus rien n'a d'importance, il n'y a plus rien à sauver.", il raconte ses cheminements, et surtout il montre plusieurs aspects de l'élevage et de l'abattage, en rencontrant des éleveurs respectueux des animaux. "Des éleveurs peuvent être végétariens, des végétaliens peuvent construire des abattoirs" (il en a vu). Bref, il laisse parler des personnes d'opinions diverses voire contraires.

Tout de même au détour d'une phrase il coupe la respiration du lecteur, souvent au moyen d'images ou en sachant faire parler les chiffres secs. Un poulet en batterie possède comme place la taille d'une feuille A4; si on déguste une assiette de sushis, et que l'on devait y présenter tous les animaux tués lors de la pêche des ingrédients, l'assiette devrait mesurer un peu plus d'un mètre cinquante de diamètre.

Chaque fois que vous prenez une décision concernant votre alimentation, vous pratiquez l'élevage par procuration (Wendell Berry)
"Le fait d'être végétarienne ne me dégage d'aucune responsabilité quant à la façon qu'a notre pays d'élever les animaux."

Je suis ressortie de là un peu assommée. Rassurez-vous, je ne vais pas donner de leçons, je mange encore de la viande, provenant d'endroits pas clairement déterminés, mais ça fait son chemin... le pire étant que je n'aime pas vraiment la viande à ce point, juste la flemme de devoir changer les façons de cuisiner (et d'y passer plus de temps). De plus je comprends très bien que pour des raisons de santé on ne puisse devenir végétarien, ou alors qu'au fin fond du désert les éleveurs ne puissent survivre que de leurs animaux.

Les avis de colimasson, cachou (tu me manques, et quels commentaires sur ce billet!), Nelfe (cité par cachou justement) et last but not least, Sandrine (son billet m'a incitée à lire ce bouquin déjà dans ma LAL mentale quelque part)(on a déjà discuté du sujet, je sais ...)

mercredi 17 mai 2017

imaqa

imaqa
Flemming Jensen
Gaïa, 2002
Traduit par Ines Jorgensen




Si comme le conseille ce roman vous suivez les plus beaux icebergs, vous arriverez au fond du fjord d'Umanaq, dans le comptoir de Nunaqarfik. Prévoir vêtements chauds.

Sinon, il est tout à fait possible de se délecter bien au chaud à la maison de l'histoire de l'instituteur danois Martin, qui, dans les années 70, a demandé sa mutation à Nunakarfiq. La réalité sera à la hauteur de ses rêves, mais aussi un poil différente. Affrontant sa hiérarchie pour qui l'enseignement doit se faire en danois (langue que ne parlent pas les enfants) et refusant les manuels éloignés de leur univers, il apprend le groenlandais et s'immerge dans la vie du village, parfois moqué mais toujours gentiment.

Dans ces années 70 il semble que la vie des habitants n'avait pas encore trop changé, l'on vit de pêche et de chasse, mais le progrès pointe son nez; le tiraillement entre deux modes de vie est illustré par le jeune Jakunquaq (Jakob) et son père Abala (Abraham).(Ces prénoms donnés aux groenlandais leur sont imprononçables et "impraticables à moins que l'on ne vise une carrière dans le Mossad").

Une roman qui dès les premières pages m'a laissé présager un coup de coeur. Plein d'humour et d'ironie jamais méchante, et aussi de tendresse, d'émotion. Des instants drôles ou tragiques. L'on a fortement envie d'aller s'installer là-bas. Je me demande si l'on y joue toujours à la roulette groenlandaise (mouarf) et si toute occasion est bonne pour se réjouir ensemble. L'alcool continue-t-il à sévir et les produits étrangers à envahir, reste-t-il des pêcheurs chasseurs?
(pour y avoir passé quelques jours -en août, prudence!- j'ai quelques craintes là-dessus, mais les paysages sont bluffants)(voir ici)

" En pensant à l'imposante quantité de mots groenlandais qu'il avait appris depuis son arrivée, il fut soudain frappé par le fait qu'il n'était jamais tombé sur la locution 'parce que'.(...)
Au Groenland, lorsqu'on se trouve face à une situation difficile, qui exige un choix ou une décision claire, alors c'est un tout autre mot qui s'impose toujours : imaqa ...peut-être." (l'auteur a choisi l'ancienne orthographe sans majuscule en début de mot)

Les avis de Hélène, le hibou et le papou,

Et hop dans Lire le monde

lundi 15 mai 2017

Article 353 du code pénal

Article 353 du code pénal
Tanguy Viel
Editions de minuit, 2017




" En tout cas, c'est comme ça qu'aujourd'hui je me représente la dernière décennie quand j'en amène toutes les lignes ici même devant vous, et ça fait comme un cerf-volant dont j'actionnerais les commandes depuis une plage, comme si soudain j'avais une vue claire et comme surnaturelle du temps qui passe, mais c'est toujours facile, j'ai dit, avec le recul, de tisser les choses en destin, et alors border les années avec je ne sais quels piquets ou poteaux d'angle et même une couleur qui en dessinerait la teinte définitive. Seulement quand on était dedans, dans chaque année ouverte sur quelle bouteille de champagne, il n'y a jamais eu de carte IGN qu'on nous aurait distribuée le jour de l'an pour nous conduire dans les temps futurs. Jamais rien d'autre que les lignes un peu floues qu'on essaie chacun de dessiner pour suivre la pente des saisons, mais c'est tout. Et que tout le problème c'est qu'il faut encore prendre les virages soi-même. Encore que me concernant, je n'ai pas eu l'impression de prendre beaucoup de virages.C'est l'avantage de la bêtise : on reste au carrefour et on attend de se faire renverser par une voiture."

J'ignore comment fonctionnent les rouages de la justice, toujours est-il que peu après son arrestation Martial Kermeur se retrouve dans le bureau d'un juge à raconter les années précédant un meurtre qu'il ne nie absolument pas. Un juge patient et pas très occupé, alors? Mais j'ai vérifié -pour le billet- cet article existe et je déconseille d'en prendre connaissance avant lecture du roman, ce serait dommage.

Mais tant mieux pour le lecteur, qui loin de compatir à la mort d'un affairiste véreux, s'attache à Kermeur, à Le Goff, à Erwan le fils de Kermeur, trahis, trompés, par ce beau parleur de Lazenec. Nous sommes en Bretagne, près de Brest, l'auteur originaire de là-bas s'en amuse au début ("je peux considérer qu'en matière de brume, on n'a pas grand chose à envier à l'Angleterre"  "voyez, il y avait du soleil -il y a du soleil ici quelquefois"), avant d'opter pour le récit d'une tragédie poignante. On sait que ça va mal se passer, que ça va mal se terminer, on se demande pourquoi, comment, et Kermeur répond à nos objections muettes, l'enchaînement est terrible, le souffle coupé, on souffre, on est impuissant.

"Ce genre de type, c'est comme la pluie, y a rien d'autre à faire qu'attendre que ça cesse."

Parfait pour lire sous la contrainte (je rappelle qu'il s'agit de suivre une contrainte pas méchante, changeant régulièrement, et efficace pour attaquer la PAL).

vendredi 12 mai 2017

Une bobine de fil bleu

Une bobine de fil bleu
A spool of blue thread
Anne Tyler
Phébus, 2017
Traduit par Cyrielle Ayakatsikas


Je parle volontairement de ce beau roman juste après Les inséparables, (d'ailleurs je les ai lus d'affilée, juste un court thriller entre deux), car s'il s'agit pour chacun de découvrir plusieurs générations d'une même famille, à l'arrivée, autant l'un ne m'a pas passionnée, autant l'autre est un coup de coeur. Comme quoi...

On pourrait penser, encore une histoire de famille, avec les parents Red et Abby, les quatre enfants, au cours de plusieurs décennies, un retour juste comme ça vers les parents de Red (mais quel récit, et quel meilleur moment pour saisir ce que fut l'Amérique pauvre des années 30)(et l'histoire de la balancelle!). Une famille plutôt comme les autres, avec Denny le fils toujours hors du cercle, Nora la belle-fille toujours calme.

Mais Anne Tyler est vraiment une enchanteresse, la reine du petit détail, elle déroule l'histoire dans l'ordre où elle l'a décidé, vous prend dans ses filets, c'est plein de finesse, de tendresse et d'ironie camouflée, je n'ai pas l'intention d'en dire plus, il faut découvrir ce roman (et Anne Tyler si ce n'est déjà fait)

Les avis de winniethepooh,

mercredi 10 mai 2017

Les inséparables

Les inséparables
Stuart Nadler
Albin Michel, 2017
Traduit par Hélène Fournier


Il a suffi d'un tableau de Hopper en première de couverture pour que je craque, mais que se cache-t-il justement sous cette couverture?

Boston et ses environs. Henrietta, 70 ans, est veuve depuis moins d'un an. Son mari Harold tenait un restaurant étoilé malheureusement contraint de fermer faute de clientèle. Ayant besoin d'argent, elle cherche à vendre une girouette historique de valeur certaine (qui par ailleurs a disparu), a accepté la réédition d'un roman écrit il y a des décennies, intitulé Les inséparables, scandaleux à l'époque, mais, comme le dit sa petite fille, "Comparé à Internet, c'est un livre pour enfants."

Sa petite fille Lydia, connaît comme elle la honte, mais pour des raisons différentes, des photos volées par un camarade de classe manipulateur, et circulant dans son établissement et sur Internet.

Oona, la mère de Lydia, fille d'Henrietta, est en train de se séparer de son mari Spencer, avocat au chômage, shooté en quasi permanence.

Passé, présent (et même des incursions dans le futur) se déroulent assez tranquillement. Je m'attendais à être emportée dans une histoire plus passionnante; c'est bien fait, quelques répliques font mouche, mais j'ai eu du mal à m'intéresser aux personnages, un comble!

"Lydia lui demanda d’une voix forte: 'Tu as vraiment lu des livres sur la paternité?
Son père lui sourit. 'Un bon nombre, murmura-t-il.
- Et tu as appris quelque chose?
- Je ne sais pas. A toi de me le dire."

"Elle [Henrietta] avait commencé sa vie d'adulte en écrivant sur le statut de la femme - les critères mouvants d'acceptabilité, qui exactement les faisait bouger, qu'est-ce qui venait en premier : les talons hauts grâce aux quels vous vous sentiez sexy, ou l'homme qui concevait ces talons hauts pour que vous ayez l'air sexy avec eux.à ses yeux."

" Le livre l'avait enfermée ici, sur cette vaste exploitation, avec tous ces hectares et ces animaux, et c'est ainsi qu’elle [Henrietta] avait fini par ressembler à un chat d’appartement dont l'instinct de chasseur ne sert à rien dans un salon au sol recouvert de moquette."

Les avis d'Albertine, kathel, Valérie, Marie Claude, Nadège,

lundi 8 mai 2017

Le directeur n'aime pas les cadavres

Le directeur n'aime pas les cadavres
Rafael Menjivar Ochoa
Quidam éditeur, Les âmes noires, 2017
Traduit par Thierry Davo


Dommage pour ce directeur, car des cadavres, il y en aura...

Le narrateur approche de la trentaine, et après des études de médecine et de criminologie vraisemblablement laissées en cours de route, il a gagné son pain en 'jouant' les cadavres dans des films, pour évidemment d'assez courtes apparitions sans dialogues; son père est un riche et puissant "directeur d'un organe de presse, député et ex-combattant des causes ouvrières".Sa mère est décédée, le père remarié avec Milady, drôle de femme qui le trompe, tout ce monde et leurs proches est environné de gardes du corps, ce qui n'empêche pas les balles de siffler et les cadavres de s'accumuler, tout au long d'une enquête assez décalée et peu conventionnelle, au dénouement inattendu.

Le tout narré sans temps morts, avec le sens de la formule, un certain éclatement de la chronologie. Les codes pour saisir les sous-entendus politiques ou sociaux m'ont un peu manqué, je le sens (oui, le Salvador?), mais même ainsi, c'est un roman (noir) de bon niveau.

(on découvre un journaliste assassiné)
"Les toilettes sentaient mauvais et leur état était pire encore. Le journaliste manquait d'adresse pour tout ce qu'il faisait. Des toilettes comme ça auraient été un motif suffisant  pour lui flanquer une balle en plein visage, mais quelque chose me disait qu'il existait une autre raison."

Les avis de nyctalopes,

vendredi 5 mai 2017

Châteauroux 2017 mâtin quel salon

Pour le salon du livre de Châteauroux, dénommé L'envolée des livres, existe l'officiel, mais aussi le off. Annoncé par des échanges sur Facebook, et en MP. Du bon usage et de l'utilité de Facebook pour les blogueuses.

Les boissons, c'est Sabine (avec modération, mais elle adore partager)
Bouteille d'eau présente dans le fond
mais Sophie a ajouté cette année sa note personnelle
Le goûteux roboratif, c'est à plusieurs (cake, roulés, pain)
avec cette année, pour compléter le fromage de chèvre local, une incursion du Maroilles (miam)
Erwan Larher avait un petit creux après son repas de midi
Chacun se souviendra du pâté et des rillettes faites maison (Eglantine, tu reviens quand tu veux!)
Pour les desserts, qui d'autres que Sylvie/Syl et ses tartes aux pommes plus ou moins expérimentales, mais réussies? Oups, photos, j'ai oublié.

Cette année on a raté l'ouverture du salon, mais quelle importance, on y était juste après.
Stéphanie / Stéphie, oui, elle y était!
ainsi que des habitués ou des petits nouveaux, mais question photos, pareil, oups.
Oui, Marguerite

Sophie Adriansen

Bertrand ou Marc?

Jérôme Attal et Sandra Reinflet

Soleil, soleil
Pour ce week end spécial, Fanja était là, et les limaces rouges, briefées, se sont tenues à carreau. Les hérons et l'écureuil ont assuré, mais elle a raté le coucou je suppose, ainsi que le chevreuil qui a traversé devant moi au retour (caramba, encore raté, il faut revenir)

L'idée (on fait une fixette sur Zao Wou Ki) était de découvrir ses vitraux, au prieuré Saint Cosme près de Tours, par ailleurs ex-demeure de Ronsard.




Avec les arbres derrière...

 Vu la météo, on s'est réfugiées à l'abri pour des boissons chaudes
Voilà, l'impression que tout a passé si vite, d'avoir raté plein de gens, alors : à l'année prochaine!

mercredi 3 mai 2017

Le grand A

Le grand A
Récit sous forme d'enquête
Xavier Bétaucourt et Jean-Luc Loyer
Futuropolis, 2016


Tout là-haut, dans les Hauts de France, anciennes terres minières, ouvrières et d'immigration (belge, polonaise, etc. au fil du temps), s'est installé dans les années 1970 un hypermarché. Le maire de la ville l'avait refusé, mais comme il a pris pied sur une commune limitrophe, les conséquences pour la ville et surtout les commerces du centre-ville ont été les mêmes. Conséquences s'étendant de plus en plus loin, au fur et à mesure de l'agrandissement de cette zone commerciale.

Les auteurs ont opté pour quelques rappels historiques sur le commerce et les marchés, pour se focaliser sur l'époque actuelle, avec des retours en arrière quand ils étaient enfants. Ils ont pu interroger les caissières hôtesses de caisse, les agents de sécurité (et même un ex-voleur), les responsables de certains rayons (boulangerie, librairie) et le directeur. On vit le 23 décembre au magasin, quand l'ouverture pour les clients est à 5 h du matin, business is business. La parole est aussi donnée aux commerçants du centre-ville.

Ne pas rater les annexes, aussi passionnantes que le récit, où justement les caractéristiques de la région sont bien étudiées. Par exemple les bus amenant au centre commercial, le Louvre-Lens, les problèmes liés à la pauvreté et la malbouffe.

Une BD à découvrir.

Une planche donnant à découvrir l'effervescence des gamins à l'idée de découvrir cet hypermarché. Ceux en couleur reviendront dans la BD...
http://www.futuropolis.fr/planche.php?id_article=790365&view=3&first=1
La BD de la semaine chez Moka.
L'avis de Mo'

lundi 1 mai 2017

Le syndrôme de Croyde 2 L'état sauvage

Le syndrome de Croyde 2
L'état sauvage
Marc Welinski
Daphnis et Chloé, 2017


Inutile de chercher, ce syndrome n'existe pas en réalité, il est sorti de l'imagination de l'auteur, pour le plus grand plaisir du lecteur. Cette pathologie conduirait des gens comme vous et moi à se transformer en criminels puis à refouler tout souvenir de l'acte.

Jean-Louis, directeur de l'école primaire de Chamonville, pense fortement à ce syndrome, après les décès 'accidentels' d'une jeune élève, puis de deux adultes dans les environs. La police conclut à des chutes accidentelles. Il se confie à Etienne, heureux époux de Virginie et père de deux fillettes.

Un démarrage classique pour un thriller plus qu'un policier (pas vraiment d'enquêteurs sur le terrain) raconté par différents protagonistes. J'en lis peu, tout ce que je leur demande c'est que l'histoire m'entraîne à tourner les pages sans souffler, qu'il n'y ait pas de scènes insoutenables, du sang, etc., et même si la dernière partie emmène là où on ne le pensait pas, je dirais mission accomplie.

En prime un camp de migrants à l'extérieur, occasion pour les habitants d'opposer leur avis sur le sujet.