vendredi 25 août 2017

Le livre que je ne voulais pas écrire

Le livre que je ne voulais pas écrire
Erwan Larher
Quidam éditeur, 2017




Pour les lecteurs vigilants ayant remarqué les remerciements de l'auteur à la toute fin de Marguerite n'aime pas ses fesses (quoi, vous n'avez pas lu ce roman, hors de ma vue, manants!), les événements principaux de ce nouvel opus ne seront pas une surprise. (nota : je reste fidèle à l'orthographe événement)

Incipit : "Tu écoutes du rock. Du rock barbelé de guitares et de colère. Depuis la préadolescence." (nota: ma came c'est le baroque sur instruments anciens mais côté lecture je sais sortir de ma zone de confort)
Cet amour pour le rock mènera notre auteur à travailler dans ce milieu ... et à acheter un billet pour le concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015.

Dans ses précédents romans Erwan Larher laissait transparaître ses coups de coeur, détestations et opinions, tout en faisant preuve d’une belle imagination. Cette fois, on attaque le vécu.

Mais gare! Avant le 13 novembre, on avait un auteur talentueux et un type bien, et après, pareil.(Le seul changement notable c'est qu'il accepte (et utilise) les petits cœurs sur Facebook, quoique je doute que le stade 'petits chatons mignons' sera jamais atteint) (faut pas pousser non plus)))

Ce billet fera donc preuve d'un manque d'objectivité total et vire déjà sévèrement vers le foutraque. Reprenons-nous.
L'auteur aurait pu raconter son histoire façon victime, avec violons et pas mal de pathos. Non. Même qu'on rigole parfois. Autodérision jamais bien loin.
Il aurait pu séparer: les méchants c'est ici, les gentils, c'est là. Toujours non. Si, il y a quand même les moments poignants avec gentils, ce sont les pompiers, ambulanciers, médecins, chirurgiens, infirmiers, kinés, etc. à qui il rend un vibrant hommage. Aux amis aussi.

Ce n'est donc pas un livre dessus, mais un livre autour, à l'intérieur et à l'extérieur à la fois, une véritable oeuvre littéraire. Qui ne devait pas exister; mais un couple d'amis a insisté et remporté le morceau. Ensuite, quelle forme donner? Cette gestation du livre est franchement très intéressante.
"Pour t'extraire de toi, désorienter tes questions, leurrer tes doutes, tu as demandé à d'autres de te donner un texte. Quelques très proches et moins proches. Regards extérieurs. Points de vue autres que le tien. Beaucoup ont accepté.
Fin juillet [2016], entravé, tu suffoques de mots internes sans colonne vertébrale, de phrases déboussolées; qui s'agglutinent littéralement sans queue ni tête. Les personnages sont là, certes, les péripéties aussi, mais l'intrigue? La progression narrative? Peut-on écrire un livre sans? Que va devenir notre héros? On sait déjà qu'il s'en sort. Est-il possible de faire tenir debout une histoire qui n'irait pas d'un point A à un point B. Parce que si celle-là a un début, elle n'a pas de fin. Alors que tout livre a une dernière page, non?
Et puis, au mitan de l'été, elle te tombe dessus, la fin. La plus belle possible. La fin ultime."

Depuis 2010, de salon en salon (off ou pas), je rencontre Erwan Larher, et dévore ses romans. Je suis une lectrice capable d'être émue, quitte à se blinder, mais qui fonctionne aussi pas mal avec sa tête. Au départ j'avais un peu peur de m'y lancer, dans ce livre; oui, je connaissais les grandes lignes de l'histoire, avec ce fil Facebook évoqué dans le récit - je me demande ce qu'est devenu le nounours, tiens- bref je craignais une curiosité malsaine et un peu de voyeurisme de ma part.
Ouf, non, pas du tout.

Ce fichu bon bouquin va plus loin et fait réfléchir (voir par exemple p 89 l'adresse à Iblis), ne contient pas un gramme de haine, sait demeurer pudique en dépit de tout (p 249, le lecteur ne saura rien, et tant mieux) et ne se lâche pas surtout grâce à un découpage dynamique, les points de vues variés, et l'écriture de l'auteur, y compris son vocabulaire étendu (j'adore, il est le premier à se moquer de son appétence pour le mot irréfragable p 248 - mais deux occurrences auparavant dans le livre)

Les avis de

44 commentaires:

  1. Je regarde ce genre de livre avec méfiance, mais vu l'auteur (trop peu lu encore par moi, seulement un) et vos avis à Sabine et à toi, je pourrai me lancer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pareil pour moi, mais j'ai fait exception avec celui-ci, et, souviens-toi, celui de Jourde, Winter is coming, parce que j'ai fait confiance aux auteurs!

      Supprimer
  2. Réponses
    1. Tout à fait! C'est son 6ème livre, tu as donc le choix. ^_^

      Supprimer
  3. J'en ai lu (je ne sais plus où) des extraits qui vont vraiment donné envie. Toi tu connaissais déjà ses précédents livres, mais j'ai l'impression que celui-ci va le faire découvrir plus largement. En tous cas j'aime bien ce que tu dis de tout ce que ce livre n'est pas, mais qu'un livre sur le même sujet aurait pu être, car c'est ça qui m'attire vraiment. Il n'y a plus qu'à se le procurer !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On peut se le procurer dans toute (bonne) librairie! Et éventuellement ses titres précédents, qui demeurent tout aussi bons avec le temps.^_^

      Supprimer
  4. Tentée, forcément...! Et non, mea culpa, toujours pas fait connaissance avec les fesses de Marguerite ! ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te pardonne... Mais lis Marguerite, tu regretteras de ne pas l'avoir fait plutôt.
      Pour ce nouvel opus,... non, je ne dis rien!

      Supprimer
  5. Ce roman m'attend ! J'avais trois priorités absolues en cette rentrée littéraire : Ron Rash (fini), Chalandon (à suivre) et Larher (juste après). Je note que tu n'es pas du tout objective ! Normal ! J'espère en parler aussi bien que toi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je savais que tu étais fan!!! Jette toi sur ce roman. Pas objective, mais je sais que j'ai raison.^_^

      Supprimer
  6. j'aime ton billet mais cela ne m'a pas décidé pour la lecture, n'en déduis pas que tu manques de talent persuasif, je manque seulement de temps pour lire tout ce que je note, donc quand un détail me fait hésiter je laisse le roman où il est. Si tu veux savoir ce qui me fait hésiter dans ce cas là , c'est le côté "foutraque" et aussi "l'exploration de la création littéraire" vu du côté de la panne d'inspiration..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ignore si tu vas lire ma réponse, en tout cas je suis capable d'aller argumenter chez toi. ^_^
      1 )Ce qui est foutraque, c'est mon billet, absolument pas le roman, oh non! Mais j'ai été bousculée on va dire et je suis allée dans tous les sens . Le bouquin lui, est bien construit.
      2 ) Non, pas de panne d'inspiration pour l'auteur, juste qu'il ne voulait pas au départ raconter son histoire (jamais dans ses 5 premiers romans il n'a raconté sa vie). Il est romancier et voulait que son livre soit un livre de romancier. Moi j'ai trouvé bien de découvrir son cheminement vers l'écriture du récit.
      Voilà voilà. ^_^

      Supprimer
    2. Ah bon , j'étais tranquille je me disais un de moins à noter et voilà que je me dis que j'ai peut-être tort.

      Supprimer
    3. Luocine, dans mes bras!!!! (petits coeurs)

      Supprimer
  7. Bon, moi aussi, je fais partie des manantes qui ne connaissent pas les fesses de Marguerite, outrage que je vais m'empresser de réparer. En tout courageux de romancer le 13 novembre, et s'en sortir sans voyeurisme ni pathos malsain !

    RépondreSupprimer
  8. Jamais lu l'auteur, mais acheté hier !

    RépondreSupprimer
  9. Toujours pas lu cet auteur. Qu'on me fouette !!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'allons pas trop loin! ^_^ Il existe une solution moins violente: le lire!

      Supprimer
  10. Je suis comme Aifelle, très réticent avant le coup. Mais je ne demande qu'à être convaincu et tu sais t'y prendre ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le mieux est que tu te fasses ton idée, vas y vas y!

      Supprimer
  11. Dire que cette lecture m'a marquée est bien en dessous de la vérité... J'en parle bientôt, mais en attendant, j'ai adoré lire ton billet qui parle très bien de la relation qui unit Erwann Lahrer à ses proches et moins proches.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas facile d'écrire ce billet, j'ai du mal avec les mots parfois, et je me retiens, quoi. Je voudrais tellement que les livres de l'auteur (oui, tous) soient plus lus et connus. M'enfin quoi.
      J'attends ton billet.

      Supprimer
  12. D'après ce que tu en dis, je ne sais pas trop qu'en penser??? Moi, je ne connais même pas l'auteur ! C'est grave, docteur?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas grave, et puis ça se soigne facilement, avec la bibli par exemple, ou la librairie.

      Supprimer
  13. Superbe billet ! Tu sais que je n'ai toujours pas lu l'auteur malgré ton enthousiasme (et celui d'autres^^) mais il a toujours été dans un coin de ma LAL. Quand j'ai vu que ce titre allait sortir, j'étais assez intriguée forcément mais je craignais que ce soit une thématique un peu plombante tout de même. Ce que tu en dis me motive beaucoup à tenter l'aventure. Bon, je ne garantis pas 2017 mais sait-on jamais.:-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme avec le dernier Jourde, ce ne sont pas les thématiques sur lesquelles je me jette... Comme quoi ça dépend beaucoup de celui qui écrit. ^_^
      Une lecture nécessaire, je pense.

      Supprimer
  14. Je ne connais pas l'auteur, il faut que je me lance !

    RépondreSupprimer
  15. Merci!
    ... et le nounours géant offert par mon amie Emma est toujours là bien sûr, dans ma chambre chez mes parents ;)

    RépondreSupprimer
  16. J'adore tes parenthèses dans les parenthèses dans ton billet.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On se comprend, merci! (tu sais que je venais de lire deux Jaenada, alors quand j'ai fignolé mon billet, cela m'est venu quasi naturellement.)

      Supprimer
  17. Je crois que j'ai un problème avec les auteurs trop présents sur FB (je ne le luis pas, mais malgré tout, je vois régulièrement passer ses commentaires). Du coup, je manque d'envie de découvrir son oeuvre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. FB peut être une bonne et une mauvaise chose, c'est sûr. Actuellement avec la rentrée littéraire ça bouge beaucoup, mais ça se calmera. Là peut-être retrouveras-tu l'envie de la découverte.

      Supprimer
  18. Pas publié ici au Québec. Dommage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hélas aussi les auteurs québécois sont difficiles à trouver facilement.

      Supprimer
  19. J'espère bien lire ce livre car moi aussi j'ai rencontré l'auteur à Montaigu. J'ai déjà Marguerite et ses fesses qui m'attendent...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Figure toi que je viens juste de le revoir à la Forêt des livres (Gonzague Saint Bris, oui), faisait chaud!

      Supprimer
  20. un livre qui me tente beaucoup, même si je n'ai jamais entendu parler de l'auteur( pas taper !)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne taperai pas, même si c'est son sixième livre (tous chroniqués ici, au fil des années). Le sujet est traité par un vrai écrivain, tu peux y aller, et si ça te plait, n'oublie pas ses romans précédents. ^_^

      Supprimer
  21. Je ne l'ai jamais lu mais j'ai lu des bons avis sur celui-ci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Exact, et hier encore dans le Matricule des Anges (bonne référence)

      Supprimer

Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
Dites-moi si ça vous arrive encore, merci!