mercredi 22 novembre 2017

Une odyssée

Une odyssée
un père, un fils, une épopée
Daniel Mendelsohn
Flammarion, 2017
Traduit par Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière



Daniel Mendelsohn est l'auteur des Disparus, à lire absolument, et le voici de retour avec Une odyssée, recensé par Dominique, et forcément noté derechef comme indispensable.

Qui a lu l'Odyssée? Je ne dis pas forcément en VO, mais en version intégrale? On croit connaître, en tout cas (Ulysse, le retour de Troie, Pénélope, tout ça) et quel meilleur professeur pourrait-on choisir que Daniel Mendelsohn? Lors d'un semestre à l'université consacré à l'Odyssée, voilà que son père Jay, 81 ans, scientifique à la base, demande à assister à ses cours. Promettant de ne pas intervenir, promesse bien sûr non tenue, mettant parfois son fils dans l'embarras. En effet Ulysse ne lui plait guère.

Voilà donc le lecteur assister aux cours, aux débats, aux explications éclairantes de Daniel Mendelsohn, et ce n'est que du bonheur! Avec parfois quelques surprises pour l'auteur, poussé dans ses retranchements.
"Non, vraiment, quand vous enseignez, vous ne savez jamais quelles surprises vous attendent: qui vous écoutera ni même, dans certains cas, qui délivrera l'enseignement."

S'il n'y avait que la recension de ce cours, ce serait déjà admirable. Mais "Un fils en quête de son père. Ainsi commence l'Odyssée, et ainsi finit-elle." Trois générations : Télémaque, Ulysse, Laerte. Daniel Mendelsohn évoque la personnalité de son père, à ses yeux en tout cas, un homme assez rigide et peu expansif. L'oeuvre d'Homère révèle des résonances dans leur histoire personnelle, Dominique parle par exemple des lits (fabriqués par Ulysse, et par Jay), je parlerai juste d'une certaine honte de Daniel à l'égard de Jay, et de son choix de mentors ou 'pères choisis'. Une remarque de Jay au sujet de Télémaque et Eumée, "ça a dû être dur pour lui -Ulysse- d'être obligé de rester là, imperturbable, à regarder son fils se comporter avec l'autre comme si c'était son vrai père", remarque que Daniel Mendelsohn ne commente pas dans le livre, n'en est que plus forte.
Le livre est plein de ces échos entre passé homérique et passé/présent du père et du fils Mendelsohn.

Mais ce n'est pas tout: père et fils s'inscrivent à une croisière en Méditerranée, "Sur les traces d'Ulysse" et le compte rendu de cette 'odyssée' s'inscrit dans le livre.

En conclusion : c'est forcément érudit, mais ça se lit sans peine, c'est passionnant, riche, dense et donne à réfléchir.

Le récent billet de myriam (Aifelle, tu attends quoi?) et d'autres vies que la mienne, papillon, galéa,

Pour faire court, je dirai de même de la BD suivante, lue en parallèle
Ulysse les chants du retour
Jean Harambat
Actes sud, 2014



La parole est donnée à Homère, bien sûr, mais aussi des personnes spécialistes ou non. Le graphisme évoque souvent celui retrouvé sur les vases grecs par exemple.

Les premières pages ici.

lundi 20 novembre 2017

Fukushima Dans la zone interdite

Fukushima
Dans la zone interdite
William T. Vollmann
Tristram, 2012
Traduit par Jean-Paul Mourlon



Journaliste résidant à Sacramento, William Vollmann s'est rendu peu de temps après le tremblement de terre/tsunami/accident nucléaire au Japon et particulièrement dans la région de Fukushima.

Muni d'un dosimètre qui pour ce que j'en ai compris n'indiquera que les relevés cumulés (et donc pas à un instant T)(de plus je m'y suis rapidement perdue dans les millirems et millisieverts -sans parler des roentgens obsolètes), et ayant prévu de vieux vêtements destinés à finir dans une poubelle des zones contaminées, le voilà qui part, accompagné d'une traductrice, et de divers chauffeurs de taxi. Il a très officiellement le droit d'interviewer les gens, mais se contentera plutôt de conversations avec des japonais certes matériellement ruinés, mais -à part un- n'ayant pas perdu de proches.
Décrivant les paysages, les dégâts, l'oeil sur son dosimètre (fiable?), il va jusqu'à un périmètre interdit, et son voyage se termine à Hiroshima et son Musée mémorial.
Photo prise par l'auteur

L'on ressent son respect pour les Japonais soumis à la catastrophe, calmes et quasi fatalistes. Son ton est assez particulier, retenu, assez peu informatif finalement, en tout cas pas de conclusions définitives, c'est comme un cliché pris à un instant donné.
Souvent, une certaine ironie (ou autodérision) est perceptible.
"La sidérante capacité de l'officiel japonais à ne dire absolument rien n'a d'égal que l'absurde degré de confiance que le grand public place en lui; tandis que la suspicion cynique de l'électorat américain trouve son parfait complice dans la malhonnêteté complaisante et parfois même fanfaronne de nos officiels."

Photo prise par l'auteur


Les avis de charybde, (titré Une rareté : un Vollmann décevant, mais qui fait pourtant subtilement effet.)

Lu dans le cadre de Un mois, un éditeur.

vendredi 17 novembre 2017

Afrique australe 3 : du lourd!

Les trois derniers des Big five sont le buffle, le rhinocéros et l'éléphant. On ne les voit pas sur commande, mais pour l'éléphant ce fut un festival!


Tu me cherches, là?

Sans oublier les hippopotames

Un pépère bien peinard, ses cicatrices prouvent qu'il a su défendre son coin face aux congénères
 Sauf que...
Arrivée de l'éléphant pas content


Oui, barre-toi!

OK j'ai compris!


M'enfin, c'est qui le chef?
Quoi de plus enthousiasmant qu'un éléphant? Oui, un éléphanteau. Choyés, couvés par leurs mamans.
Le petit tète avec sa gueule les tétines situées entre les pattes avant.

Le spectacle le plus fort ce fut la traversée d'éléphants lors d'une balade en bateau sur le Zambèze.


Oui, faut penser à respirer...

Elle est pas belle la vie?
C'est sûr!
N'oublions pas plein d'animaux au fort capital sympathie
Oryx


Gnou

Coucou!



Springboks
 et un autre moins bien coté
On rigole moins, là!

mercredi 15 novembre 2017

La serpe

La serpe
Philippe Jaenada
Juillard, 2017
(lu avant le prix, mais pas possible d'échapper au bandeau, maintenant)


Jaenada (Il existe, je l'ai rencontré) est pote avec des gens que j'aime bien, et de plus il est bourré de talent. Mon manque d'objectivité sera total, mais mon avis en phase avec celui de la blogosphère, alors autant ne pas se retenir bêtement dans les louanges.

Trois jours pour avaler les 640 pages (je lis les remerciements, oui Môssieur), donc on peut dire que j'ai 'tourné les pages'. Avec Jaenada, je le savais (j'ai lu pas mal de ses romans et prévois de tout lire!) c'est du copieux, on ne chipote pas. On suit à la trace Anne-Catherine et Ernest, on découvre des trucs perso (dévoilés avec un sens de l'autodérision très sûr), vrais ou pas on s'en fiche, et on se perd un peu dans les parenthèses mais peu importe.

Là où ça suffirait à certains auteurs pour un roman (pas forcément mauvais, je ne veux pas d'ennemis), Jaenada ne se contente pas de ces amuse gueules, il donne du roboratif. Son pote Manu, Emmanuel Girard, petit-fils de Henri Girard, le tanne pour parler de son grand père, accusé d'avoir tué à la serpe (même pas bien aiguisée et au manche branlant) son père, sa tante et la vieille bonne, il répond présent, nous offre une biographie de cet Henri Girard, alias George Arnaud, auteur du Salaire de la peur (ne me faites pas de la peine, vous connaissez?), histoire qui déjà à elle seule mérite son pesant de pages écrites.
Henri Girard, tout le désigne comme le coupable, il est emprisonné (et en 1941/1943 la prison de Périgueux, ce n'est pas du cinq étoiles). Son passé parle contre lui, c'est plié, la guillotine l'attend. Sauf que son avocat s'appelle Maurice Garçon.

L'on est à la moitié du livre, oui, c'est bon, c'est excellent, que reste-t-il alors à raconter?

Jaenada part à Périgueux et se plonge dans les documents du procès, il épluche, il compulse, il fouine. Bingo! le voilà qui échafaude une hypothèse, argumente, questionne. Il faut dire que bien des détails à l'époque avaient été non pas ignorés, mais laissés de côté. C'est passionnant.

Cerise sur le gâteau, il nous fait part de derniers développements relatifs à Pauline Dubuisson, la Petite Femelle.

Alors vous attendez quoi pour lire La serpe?

lundi 13 novembre 2017

Complications

Complications
The silver wind, 2011
Nina Allan
Tristram, 2013
Traduit par Bernard Sigaud



Tristram est l'éditeur mis à l'honneur par Sandrine ce mois-ci, et il y avait du choix à la bibli. J'ai emprunté Arno Schmidt, On a marché sur la lande, et comme les 300 pages et plus avaient l'air du même tonneau que les premières, j'ai abandonné. Trop expérimental. Bravo au lecteur et traducteur quand même.
Ma deuxième pioche a été la bonne, au point que j'ai réservé un autre titre de Nina Allan.

Le problème, ça va être de savoir en parler.

Le premier texte, Chambre noire, ajouté en deuxième parution du livre, parle d'une fascinante maison de poupée, et de Sylvester John, un auteur dont le narrateur d'un de ses livres, Journal en chambre noire, se nomme Martin Newland.
Et plop, le texte, magnifiquement écrit, sautant d'un événement à l'autre sans chronologie mais sans bousculer le lecteur, s'arrête brutalement sans tout expliquer. Je reste un peu sur ma faim (comme souvent dans ce genre d'histoires).
Sauf que là, il s'agit d'honorer le rendez-vous de Sandrine, le bouquin fait 200 pages, on continue.
Et oh que j'ai bien fait!

Les courts textes suivants, de 30 à 50 pages, voient réapparaître Martin Newland, narrateur et personnage principal. D'autres sont toujours là, mais jouant des rôles différents. Dora peut être sa soeur décédée jeune, ou plus âgée, ou sa collègue, parfois son épouse Miranda n'est plus, ou alors il commence à mieux la fréquenter, Stephen est son frère, décédé ou pas, ou celui de Miranda et surtout un mystérieux nain intervient, le temps semblant ne pas avoir prise sur lui.

En horlogerie une complication est une fonction autre que l'affichage des heures minutes secondes. Elles peuvent être astronomiques, pratiques, etc. Tel le tourbillon, de l'horloger français Breguet
Le texte le plus long, Le vent d'argent, est sans doute le plus classique en matière de mondes parallèles , mais tous les autres donnent l'impression de décalages dans le temps, dus on ne sait trop comment à des horloges. Mais peu importe la technique, ce qui importe est que le lecteur est immédiatement happé par ces histoires, en empathie avec les personnages, enchanté par cette écriture fluide et élégante.

"Elle vit la trotteuse commencer à bouger. C'était une trotteuse centrale, délicatement usinée et effilée comme une aiguille à coudre. Du bout des doigts, qu'elle appuyait contre le verre, elle sentit une légère pulsation, le battement d'un minuscule cœur mécanique.
Un instant, le temps sembla hésiter, dans un infime hoquet, une inspiration silencieusement réprimée comme en présence d'un merveilleux spectacle. Puis, tout seul, le monde se remit à tourner."

Les avis de Bifrost, L'armurerie de Tchekov, charybde,

vendredi 10 novembre 2017

Afrique australe 2 : un peu de ville, un peu de gens

A regarder mes photos, il est clair que je n'aime guère prendre les gens en photo (surtout à leur insu), et que j'aime encore moins y figurer. Cependant en voici. J'y ajoute un peu de ville (sinon il n'y aurait que du paysage et du sauvage) et des rencontres en camping (donc en zone 'humaine' a priori)(mais le sauvage résiste là aussi)

Le voyage a démarré au Cap et son incontournable Montagne de la table (1085 m)(le Cap est au niveau de la mer). On peut y accéder par un sentier ou un téléphérique.

C'est là que tout le monde -ou presque- se fait photographier
Grande ville, dont j'ai surtout parcouru le centre moderne, les quartiers proprets (murs, clôture électrique, gardiennage) et le port.

Hommage à quatre prix Nobel de la paix

Un festival ce week end là
Plages superbes, oui, mais personne dans l'eau : l'océan Atlantique est trop froid!!! Je précise que durant les trois quatre premiers jours j'ai à peine quitté mon coupe vent bien doublé...

On visite les deux incontournables.

Simon's town :
Un petit air de Seychelles?
 C'est là que se sont installés il y a quelques années des 'penguins' (je sais, on est dans l'hémisphère sud, mais en anglais il n'y a que ce mot) qui ont proliféré, et il y a 20 ans se baladaient dans les rues de la petite bourgade. Depuis, tout est grillagé, contrôlé, payant, disneylandisé...
Maman et son petit, voir le plumage différent
Ensuite direction nord, ses vignes, ses orangeraies, sa 'vastitude'...
On traverse des petites villes, donc Calvinia. Fondée en 1851.300 km au nord du Cap, 970 m d'altitude.




J'ai craqué pour cette maison, plongée totalement dans l'ambiance de certains romans de Karel Schoeman. Les afrikaans, quoi.

Quant aux conditions matérielles du circuit, c'était camping! On ne montait pas les tentes, on ne faisait pas la cuisine, mais on était invité à partager les tâches tout de même. Lever vers 5 h 30, coucher vers 20 h 30, oui ça fait envie! Les premières nuits étaient froides, très froides!
Pique nique à midi

Le camion

Les tentes

Intérieur

Lors d'un arrêt en exploitation viticole
Les campings étaient corrects (piscine, petit magasin, etc...) et accessibles à des animaux dont parfois on se serait passé. Il valait mieux fermer les tentes. Dans le seul camping vraiment sauvage (juste des toilettes rudimentaires 'au fond du jardin', découverte d'une soulifuge (vous allez préférer que je ne donne pas de photo)(ça a 8 pattes, donc c'est ...), un bestiau immonde et vraiment gros, qui a terminé au menu d'un oiseau.

Un pique nique dans un parc. Un petit renard du Cap nous tourne autour, attendant patiemment qu'on lève le camp pour voir si on a laissé de la nourriture (même pas en rêve!)
 Pique nique au vrai milieu de nulle part! Pas d'autre ombre. Pas de WC.

 Ensuite ce qui pouvait être aperçu dans les terrains de camping à proximité des rivières
Pas question de faire trempette dans le fleuve
Mais on a pique niqué les pieds dans l'eau (il paraît que les crocos ont besoin de plus de profondeur, pour entraîner leurs proies haha!)
Question communication, aléatoire!

Quelques bestioles de ci de là dans les campings
Moins amusant

Ne pas nourrir les animaux


Pintade

Mangoustes rayées nettoyant la poêle (c'est la fête!)
Phacochère bien cool
Dans le dernier camping, gare à la bande de singes très très rapides pour voler les tartines, et qui se sont bien amusés avec la tente et le hamac des voisins (que du bonheur!)

Terminons provisoirement avec nos accompagnateurs, chauffeur, cuisinier (miam!) et guide.

On venait d'écraser la tête du serpent, mort sous nos yeux : belle bête quand même

Il a fallu des jours pour découvrir les tresses rasta sous le bonnet du cuisinier

L'équipe! Un tropique vraiment encore au milieu de nulle part

On s'est fait flasher au Botswana