mercredi 11 avril 2018

Lettre de consolation à un ami écrivain

Lettre de consolation à un ami écrivain
Jean-Michel Delacomptée
Robert laffont, 2016


Un écrivain dont les ventes demeurent confidentielles quoique honorables, en dépit de son talent, demeure ignoré du grand public. Il annonce sa décision de ne plus écrire.
Un de ses amis et admirateurs lui écrit une longue lettre (qui sera cette lettre de consolation), essayant de le faire changer d'avis, bien sûr. Pourquoi écrit-on, d'ailleurs? Par besoin? Pour se guérir, comme certains le croient?
Faut-il être lu ou bien lu?

"Que la quantité subventionne la qualité, l'argument plait aux éditeurs: il les exonère de la primauté accordée au rez-de-chaussée, quand ce n'est pas au sous-sol. Avant d'être éditeurs, ils sont commerçants, mais, bénéfice moral, être commerçants leur permet de publier de bons livres. Personnellement, cette espèce de troc, ou de compensation, ne me choque pas. Pour financer ce qui se vend peu, il faut produire ce qui se vend."

Rencontrant un groupe de lectrices (des enseignantes) l'auteur leur demande quels auteurs contemporains elles lisent. Beaucoup de noms encensés par les médias, ou récipiendaires de prix. Un certain filtrage semble exister en amont.

Mais Jean-Michel Delacomptée ne jette pas le bébé avec l'eau du bain, cite quelques auteurs contemporains intéressants, ne tombe pas trop dans le piège du 'c'était mieux avant', mais on sent son amour de la langue. Deux extraits, l'un de Duras, l'autre de Christine Angot, sont parfaitement parlants. Il a remarqué l'appauvrissement du niveau chez les politiques et les médias. Quant à la réécriture des livres pour enfants...

Citons une lettre de Flaubert à Maupassant
"Quand on écrit bien, on a contre soi deux ennemis: 1° le public, parce que le style le contraint à penser, l'oblige à un travail; et 2° le gouvernement, parce qu'il sent en nous une force, et que le pouvoir n'aime pas un autre pouvoir."

Je passe sur un extrait de De la démocratie en Amérique, sur le despotisme, et confesse que l'auteur m'a donné envie de lire Bossuet; ce type est dangereux!

Au final, un essai assez court que j'ai dévoré, alors qu'au départ ce n'était pas gagné. Pour réfléchir.

Histoire de continuer avec l'auteur et savourer sa prose, j'ai lu

Petit éloge des amoureux du silence
Jean-Michel Delacomptée
folio, 2011


Ne pas se fier à la couverture, l'auteur ne se contente pas de signaler les grossiers personnages abusant de leur téléphone en public. Il déplore la quasi disparition du silence dans notre société, évoque les situations insupportables vécues par de nombreux compatriotes (dont lui-même et son père mourant, une histoire qui l'a marqué), rappelle ce que dit la loi (précise, complète... et inappliquée).

Un avis plus détaillé chez Le bouquineur

Un double pour le  challenge de Philippe

30 commentaires:

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    1. L'auteur mérite d'être découvert, ou lu, en tout cas!

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  2. Hé hé, fine mouche monsieur Flaubert !
    Et que dire du silence, même France musique me fatigue parfois tellement ça papote ou s'écoute parler...

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    1. Un livre court, et riche. L'autre jour l'auteur était sur France Culture (et c'était intéressant)
      A part ça je choisis ce que j'écoute à la radio, je zappe ou éteins. ^_^
      Le problème c'est le bruit qui pourrait être évité.

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  3. Les deux m'intéressent ! Peut-être même plus le deuxième...

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    1. A toi de voir, selon ce que tu trouves. En tout cas je sens qu'on le reverra sur mon blog.

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  4. Le deuxième me tente. J'adore le silence et les gens qui le supportent.

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    1. Même ceux qui sont bruyants n'aiment pas forcément le bruit des autres. ^_^
      Le silence devient une richesse.

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  5. Le deuxième m'intéresse davantage... Je ne suis pas sûre d'être d'accord avec le premier, car je ne crois pas que les lecteurs cherchent forcément des livres faciles à lire. C'est plutôt que facile rime avec histoires intéressantes, en réalité, ou dans l'esprit des lecteurs... On peut sans doute trouver quantité de contre-exemples. Et puis le matraquage de promotion de bouquins très moyens n'est pas étranger au phénomène.
    Bref, finalement, ce bouquin me plairait peut-être tout de même, ne serait-ce que pour en prendre le contre-pied ?

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    1. Je n'ai pas eu l'impression qu'il vantait les livres faciles et creux. Il déplore l'appauvrissement de certaines productions. Mais c'est sûr, le lecteur n'est pas toujours aidé dans ses choix. Et puis parfois les livres plus 'faciles' correspondent à notre besoin du moment.
      Bref, intéresse toi à cet auteur!

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  6. J'ai lu le second. Il est globalement bon
    http://lebouquineur.hautetfort.com/archive/2012/10/11/jm-delacomptee-petit-eloge-des-amoureux-du-silence.html

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    1. Oups j'avoue n'avoir pas cherché d'autres lecteurs sur ce coup là... J'ai lu attentivement ton billet, cependant...

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  7. Je ne connaissais pas cet auteur, mais ce que tu dis de ses deux essais me laissent à penser qu'on pourrait très bien s'entendre, lui et moi... Je note, je note.

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    1. Un auteur que je croise (en livre ou émission de radio) et c'est fort intéressant.

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  8. Ce billet donne envie de découvrir un auteur que je ne connaissais pas, on souffre, il est vrai, de certains styles d'écrivains aujourd'hui.

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    1. Le lecteur demeure libre à la fin, à condition qu'il ait eu le choix... Oui, fouine à la bibli voir ce qu'ils ont de l'auteur.

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  9. Le premier m'intéresse car je me pose beaucoup de questions à ce sujet.
    La première :"Ai-je raison d'écrire?"
    Merci pour cette double participation à mon challenge et bonne fin de soirée.

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    1. A la question tu te doutes que la réponse est oui, mêem si c'est ardu et décourageant parfois. ^_^

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  10. Ah moi dès qu'on parle du monde de livres et de l'écriture, ça m'intéresse.^^ Le deuxième, pourquoi pas ?

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    1. Pareil, raison de mon emprunt à la bibli...
      Le deuxième est court et le sujet m'intéressait (aussi), il suffit de peu pour gâcher la vie, question bruit.

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  11. je l'ai lu avec plaisir mais sans passion je trouve qu'il règle un peu trop ses comptes alors que somme toute il fait partie des écrivains qui sont publiés san s problème

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    1. Je l'ai plutôt pris comme une lettre à un ami moins chanceux et pessimiste, et l'occasion, oui, de dire ce qu'il a envie de dire!

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  12. J'ai écouté sans doute la même émission que toi sur France-Culture récemment, mais je n'ai pas encore lu l'auteur.

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    1. Ce samedi là je venais juste de le lire, j'aime bien ces coïncidences.

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  13. Intéressant, mais les deux partagent le même inconvénient. Mais qu'elle couverture , plus moche c'est difficile. On sent la volonté d'économiser des éditeurs.

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    1. Ah c'est sûr qu'on est attiré par le titre (ou le nom de l'auteur) et pas du tout par la couverture!

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  14. Bonjour Keisha, les deux me tentent. La citation de Flaubert est percutante. Bon dimanche.

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    1. Bon dimanche à toi aussi (et bonnes lectures!)
      Flaubert, bien sûr.

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  15. "Pour financer ce qui se vend peu, il faut produire ce qui se vend" : ok, qu'y faire ?
    L'appauvrissement du niveau des médias : il est rare que les sites d'actualité de grands journaux belges (Le Soir p ex) ne comportent ds fautes d'orthographe, dans les titres même.

    Aux États-Unis, les articles de fond dans la presse ont fondu de 75% en dix ans.

    Je vais me procurer cet essai qui risque, encore une fois, de me voir fulminer... Mais non, ce n'était pas mieux avant, c'était quand même autre chose.

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    1. Les fautes, les tics langagiers, oui on attendrait mieux des journalistes dont c'est tout de même le métier. Sans parler du fond bien sûr.
      Mieux avant? Différent? Heureusement on peut se réfugier dans les classiques, ce n'est pas un hasard s'ils le sont, ou tenter de dénicher les pépites contemporaines (il y en a)

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Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
Dites-moi si ça vous arrive encore, merci!