vendredi 6 octobre 2017

Blog en mode vacances

L'année dernière, plein nord, avec l'Islande et le Groenland (mais oui, les baleines jouant au pied des icebergs), cette année, plein sud, et quand je dis sud, c'est sud. Celui de l'Afrique, que l'on imagine plein de vastes paysages, de déserts, de parcs, et de bestioles plus ou moins grosses et/ou dangereuses.

Après lecture d'une citation de Farallon islands chez Kathel, j'ai même failli laisser volontairement mon appareil photo à la maison
« Les gens imaginent souvent que prendre des photos les aidera à se souvenir précisément de ce qui est arrivé. En fait, c’est le contraire. J’ai appris à laisser mon appareil au placard pour les événements importants parce que les images ont le don de remplacer mes souvenirs. »

Voyager sans appareil photo, je l'ai déjà fait, cela donne en effet une liberté incroyable. Je pars avec, finalement, mais ne tenterai pas de lutter contre l'équipement des autres, et la vastitude des paysages. Penser à regarder, prendre son temps, et savoir s'émerveiller.

En revanche, pas question de partir sans lectures!
Côté téléphone, internet, Facebook et ces trucs là, ce sera silence radio

A plus! Soyez sages.

lundi 2 octobre 2017

S'émerveiller

S'émerveiller
Belinda Cannone
Stock, 2017


Que dire de ce livre fabuleux, d'une densité incroyable, à part qu'il fut pour moi un exemple parfait d'émerveillement? Quant à mon regret de devoir le rendre à la médiathèque... (nota, attendre le poche)

S'émerveiller n'est pas se comporter en Lou ravi, on devra  " le distinguer de l'émotion devant le sublime (l'objet dont la grandeur dépasse ma capacité de le dire) et devant la merveille (l'objet extraordinaire, pour tout le monde et tout le temps, au delà de ma perception). Car le sublime et la merveille définissent le caractère de ce qui est vu et non pas le regard."

Regard, donc, "état d'être favorable" "disposition intérieure".. Permettant de "révéler une dimension secrète des choses." Avec l'envie de "faire part" si possible. D'où ce billet.

"S'émerveiller réclame non seulement de vivre dans l'instant mais aussi dans la lenteur."
"Dans le tourbillon vertigineux de la vie courante, où ils n'ont plus qu'un usage entièrement pratique, les noms ont perdu toute couleur comme une toupie prismatique qui tourne trop vite et qui semble grise" note Proust dans Le côté de Guermantes. La lenteur : ralentir pour que la toupie manifeste ses couleurs."

S’émerveiller peut se produire par la vue, mais aussi par l'écoute, tous les sens à mon avis. Parfois avec quelque délai. Importance de la lumière qui transforme le trop vu.

"La forme poétique la plus accordée à l'émerveillement modeste que je veux décrire ici, et à la disposition intime qui le suscite : le haïku. Attention au minuscule, au quotidien, au banal; sentiment vif de l'instant et de l'éphémère - quel plus bel éloge du monde simple et de la vigilance?"

J'aurais pu citer des dizaines de passages, le mieux est de savourer vous-mêmes ce livre.
J'ajouterai qu'il propose des photographies parfois anciennes fournies par l'ARDI (Association régionale pour la diffusion de l'image, implantée en Normandie, avec texte de Belinda Cannone en regard.

J'ai cherché en vain d'où me venait cette idée de lecture, j'ai trouvé, merci Papillon !

 Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe

vendredi 29 septembre 2017

Toxique

Toxique
Samanta Schweblin
Gallimard, 2017
Traduit par Aurore Touya


Il a suffi des  billets mystérieux et positifs de deux blogueuses pour que je me jette sur Toxique. Comme elles, je ne vais pas trop en dire (pour un roman de 120 pages, ça vaut mieux).

Amanda souffre d'une étrange maladie et raconte son histoire à un enfant nommé David, dont les propos en italique la pressent de continuer, décidant lui-même de ce qui est important ou pas. Amanda et sa petite fille Nina séjournent dans une villa d'un village isolé. Le mari de Carla, mère de David, possède un élevage de chevaux. Mais d'après Carla, David est malade, comme Amanda, comme des chevaux, des canards, et plein d'enfants du coin. Pour les soins, un hôpital, et une femme habitant une maison verte, aux méthodes étranges.
Comme l'a bien souligné Sandrine de Mes imaginaires, le roman est bâti sur des dialogues, mais avec une clarté et une fluidité sans faille.

Au fur et à mesure, le lecteur se pose des questions, David presse Amanda, sinon elle n'aura pas d'explications. Le lecteur est happé, mais c'est quoi cette mystérieuse maladie, qu'est-ce qui est vrai ou rêvé, que s'est-il passé, qui ment?

Le titre anglais, Fever Dream, semble avoir opté pour une sorte de délire de malade sur son lit (ce qui n'empêche pas que certains faits soient réels), le titre français, Toxique, cible un peu la cause de la maladie (les bidons?), le titre original, Distancia de rescate, fait allusion à une "distance de secours", "j'appelle ainsi cette distance variable qui me sépare de ma fille", par exemple "le temps qu'il me faudrait pour sortir de la voiture et courir jusqu'à Nina si elle s'élançait soudain vers la piscine et s'y jetait".

Alors mon avis? Heu j'avoue avoir du mal avec ces récits trop flous et nébuleux pour mon esprit cartésien. Ajoutons un changement de corps (si j'ai bien compris). J'ai lu le dernier quart en mode 'scanner de page', alors peut-être ai-je raté des informations. Je ne demande pas qu'on m'explique forcément tout, je veux bien me laisser balader sur des pistes fausses ou pas, j'accepte que polluer l'eau avec des produits toxiques ce n'est pas bien, mais quand je réussis à m'ennuyer sur plusieurs dizaines de pages, c'est mauvais signe. Désolée, Eva et Sandrine!

Les avis de Eva, Mes imaginaires,

mercredi 27 septembre 2017

Vers la nuit

Vers la nuit
Touching the rock, 1990
Un journal de
John Hull
Seuil, Editions du sous-sol, 2017
(Robert Laffont, 1995)
Traduit par Donatella Saulnier et Paule Vincent



John Hull (né en 1935 en Australie et décédé en 2015 à Birmingham, Royaume Uni) était professeur de théologie et chercheur. Vers la nuit, après un bref rappel de ses origines familiales, ses études et ses problèmes précoces de vision, propose un journal tenu entre 1983 et 1986, où il évoque sa cécité, considérée comme effective en 1980, après la naissance d'un de son fils Thomas. C'est absolument passionnant, mon exemplaire est bourré de post it, et je vais tenter de parler le mieux possible de ce livre vraiment riche. A vous de le lire, pour compléter ce que je pourrai en dire.

L'auteur ne classe pas vraiment ses notes, quelques idées générales reviennent, mais le tout est extrêmement vivant, répond à beaucoup de questions que ce posent les 'voyants', et n'omet pas quelques réflexions de bon aloi et attendues d'un professeur d'université, qui a su observer les changements dans sa vie, les réactions, les sensations, et proposer des considérations originales.

J'y vais en vrac, un peu comme le livre:

Quelques rêves sont relatés, oui, l'on continue à rêver en images. Juste la remarque que les visages deviennent moins précis.
Plus généralement Hull parle des visages connus, de leur évolution dans sa mémoire. Mais aussi:
"Pendant mes deux premières années de cécité, les gens pour moi se divisaient en deux groupes: ceux qui avaient un visage et ceux qui n'en avaient pas.C'était un peu comme une visite à la National Gallery. Il y a des rangées de portraits et, soudain, un vide."

"Quand on est aveugle, on se rend compte du nombre de formules faisant référence à la vue dans le langage." "Toute la structure de notre discours quotidien et ordinaire présuppose un univers voyant."

Bien sûr il utilise une canne blanche, mais possède une certaine perception des obstacles. (curieusement je comprends cela, pour lui c'est exacerbé bien sûr, mais quand je me déplace dans ma maison dans l'obscurité totale -oui, je suis bizarre- il m'arrive de m'arrêter juste avant de heurter un objet - et là j'avance les mains pour 'voir')(avec de l'habitude je pose les mains exactement où se situent les meubles).

La pluie lui permet des expériences extraordinaires." La pluie a une façon particulière de faire ressortir les contours; elle jette un voile de couleur sur des choses auparavant invisibles; une pluie régulière substitue à un monde intermittent et donc fragmenté une continuité d'expérience acoustique." La pluie fait ressortir le paysage!

Ouïe et vue
L'organe par lequel on entend (l'oreille) et ceux par lequel on se fait entendre ( le larynx et la bouche) ne sont pas les mêmes Alors que l'organe par lequel on voit et celui par lequel on est vu sont les mêmes. La vue est réciproque, tandis que l'ouïe est séquentielle."

Hull pense que l'auteur du psaume 139 était aveugle. En tout cas, il en fait une étude brillante et fascinante (pages 80 et autour)

Il a constaté que sa perception du temps a changé. "je ne peux pas me presser." "Peut-être toutes les infirmités graves provoquent-elles un rétrécissement de l'espace et un étirement du temps."

Filons, vers "Qu'est-ce qui correspond, sur le plan visuel, à la différence entre le bruit et le silence?" Après réflexions, il conclut qu'il semble que non. Puis, plus loin :  "Il est considéré comme impie de regarder Dieu mais il est permis de l'entendre. Le bruit est transcendant."

Le livre cite abondamment des expériences et rencontres avec les autres, particulièrement ses enfants, avec lesquels il peut jouer, les accompagner à l'école, etc. Parfois il lui est plus facile d'être seul pour appréhender un itinéraire.
Il se considère "comme quelqu'un qui voit de tout son corps."

J'espère vous avoir fait toucher/voir/percevoir (!) la richesse de ce livre et je suis sûre qu'à votre tour vous y trouverez des points intéressants.

Un bref avis sur babelio, parfait résumé,

lundi 25 septembre 2017

Sinon j'oublie

Sinon j'oublie
Clémentine Mélois
Grasset, 2017



Je ne me souviens plus du tout pourquoi j'ai noté ce livre dans ma liste à lire, ou plus exactement où j'en ai entendu parler. Le petit carré jaune?

Quatrième de couverture
Depuis plusieurs années, Clémentine Mélois collectionne les listes de commissions trouvées dans la rue. Chaque trouvaille est pour elle prétexte à se raconter une histoire. Qui est l’auteur ? Quels sont ses rêves, ses envies ? À partir d’une sélection de 99 listes (reproduites en image et en couleur), voici un portrait drôle et tendre d’hommes et de femmes qui se confient à la première personne, parlent de leurs vies, de nos vies. Grâce à la fiction, la réalité la plus prosaïque donne lieu à l’imagination la plus poétique.

Je n'ai absolument pas résisté à une telle présentation. Qui n'a pas un jour retrouvé une telle liste au fond de son chariot au supermarché? Qui n'en a pas établi une? Celles de clémentine Mélois ne sont pas forcément récentes (en francs!), on sent la collectionneuse.

Je m'attendais à ce que l'imagination (fertile, je confirme) de l'auteur crée une histoire en lien évident avec la liste présentée, mais non, pas forcément et peu importe. Trois lignes ou une page suffisent à entraîner le lecteur dans une histoire, quel talent! Humour, parfois poésie décalée sont au service de ces narrateurs imaginés (toutes les histoires sont en 'je') que l'on connaît, si, si, on les a tous rencontrés, ces gens là.

Quelques exemples (mais il faut toutes les lire, en grappillant éventuellement)

Christel
Ce matin, dans l'un de ces élans de bravoure qui me caractérisent parfois, prête à affronter l'effroyable vérité, je monte sur la balance. Elle dit 'Batterie faible'. Je l'ai assez bien pris.
J'ai quelques heures pour acheter des piles et perdre dix kilos."

Jérôme
"je ne suis pas le premier à le dire, mais pour draguer il n'y a rien de tel que Monsieur Bricolage. C'est gavé de femmes seules en train de galérer au rayon perceuses. Ça hésite, ça compare et ça ne sait pas quoi choisir. Alors moi, grand prince, je propose d'être leur serviteur. (...)

Enzo
Pour faire un kilo de plumes par rapport à un kilo de plomb, il doit falloir au moins dix kilos. Ou alors il faut les mouiller.

Albert
Longtemps je me suis couché de bonne heure. Mais maintenant que je suis à la retraite, c'est bien, je peux regarder les films en deuxième partie de soirée.

L'auteur
Clémentine Mélois est née en 1980. Auteur d’un recueil de pastiches de classiques de la littérature (Cent titres, Grasset 2014) et d’un traité de nihilisme pour la jeunesse (Jean-Loup fait des trucs, Les Fourmis rouges 2015). Elle est aussi l’une des « Papous » de France Culture.
(décidément, après Sophie Divry, je découvre...)

Encore!  Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe