mercredi 28 juin 2017

j'aime le natto

j'aime le natto
Une aventure au Japon
Julie Blanchin Fujita
Hikari Editions, 2017




Le natto, quézaco? Sur Facebook Fanja évoquait à ce propos le Maroilles et le gombo, donc vous voyez l'idée, ça passe ou ça casse.

Julie Blanchin Fujita a passé des années au Japon, et est tombée amoureuse du pays (et pas que, son nom est un spoiler, bien sûr). Alors croyez-moi, ce bouquin est à mon avis le meilleur pour présenter le Japon du quotidien ET donner envie de s'y installer! Beaucoup d'informations pratiques, de détails bien observés ET de l'humour. On se demande comment on peut vivre sans ofuro...

Au hasard ou presque, quelques pages réveillant la hyène hilare (copyright Fanja) :
-  les mascottes p 108 et 109 (oh purée je découvre un concours ici, et Japan expo du 6 au 9 juillet 2017, allez-y)

Fukkachan, mascotte de la ville de Fukaya
- la police (qui a aussi sa mascotte)vraiment de proximité, qui pourra regonfler la roue de votre vélo

Ou bien réveillant une envie de vivre là-bas
- les transports en commun
personne ne fraude, on fait la queue sur le quai, les retards sont extrêmement rares, dans chaque station on trouve des employés présents et des toilettes propres et gratuites (comme les gares en France il y a quelques années, quoi)
- les masques sur le visage, destinés non à lutter contre la pollution, mais à ne pas partager vos propres microbes.
- les futons, tatamis, et autres dans les appartements
- les quartiers de Tokyo paraissant tout de même à taille humaine
- certains plats

Note : ce roman graphique est bilingue!!!

Les avis Chez Mo, Jérôme,

La bd de la semaine chez Mo

lundi 26 juin 2017

A glass of blessings (oui, Pym, encore)

A glass of blessings
Une corne d'abondance
Barbara Pym
Virago Press, 2009
Paru en 1958

Au départ pour ce mois anglais je voulais, comme l'année dernière, livrer deux Pym dans un billet et voilà. Mais c'est teeeeeeeellement bien (et bientôt je n'en aurai plus à lire) que je me permets d'insister. J'essaie de les lire dans l'ordre, et ainsi je découvre qu'elle s'amuse à glisser au détour d'une phrase des nouvelles d'un de ses personnages, par exemple Napier d'Excellent Women (les deux amies de A glass of blessings, à l'époque où elles étaient Wrens en Italie, étaient tombées sous son charme), Prudence de Jane et Prudence et surtout Catherine de Less than angels.

"  'I wonder why it is that one can never reade a serious book at the hairdresser's?' I asked. 'Does the actual haircutting and shampooing do something to one's brain - shrivel in some way?'
'You mean you'd like to think of yourself reading Proust or a book about archeology? 'Rowena asked. 'Yes, it's a strange thing. Here we seat capable only of turning the pages of these magazines, reaing snippets about the Royal Family or looking at pictures of clothes and society goings-on - not even reading the stories. Sunday Evening, by Catherine Oliphant', she read out. 'It begins rather well with a young man and girl holding hands in a Greek restaurant, watched by the man's former mistress -unknown to them, of course.'
'But what a far-fetched situation', I protested. 'As if it would happen like that! Still, it must be dreadful to have to write fiction. Do you suppose Catherine Oluphant drew it from her own experience of life?'
Rowena laughed. 'Ishould hardly think so! She's probably an elderly sponster living in a boarding-house in Eastbourne -or she may even be a man. One never knows.' "

Mais passons au roman, même si le passage précédent est un excellent exemple de ce qui fait entre autres  le charme de Barbara Pym, à savoir ces petites remarques au coin d'un paragraphe. Sans tout traduire, il s'agit de réfléchir aux lectures chez le coiffeur... Pas Proust, mais des magazines people...

Pour changer, Pym a choisi une narratrice, Wilmet Forsyth, la trentaine, ex Wren en Italie donc, où elle a rencontré son mari Rodney. Un mariage semblant assez plan plan, avec petite bonne, et la mère de Rodney propriétaire de leur maison. Ne rien imaginer, cette belle-mère est sympathique, moderne et a son franc parler.

Comment s'occuper? Un pied dans la paroisse mais pas trop, du shopping et des sorties, des papotages avec Rowena, une amie à laquelle la lie une amitié sincère et résistante, mais Rowena a trois enfants et habite un peu loin; prendre le thé ou un repas avec le mari de Rowena (en tout bien tout honneur!), ou s'intéresser à Piers, le frère célibataire de Rowena (juste pour être utile, hein!), ainsi qu'au au groupe de prêtres (anglo-catholiques) de sa paroisse (et là on s'amuse bien)

Wilmet n'est pas antipathique, même si elle se sent un peu supérieure à ces pauvres autres femmes. Parfois cependant le vernis craque, par exemple quand elle contemple ses mains nettes et celles des autres, usées par le mille tâches quotidiennes, ou quand elle aide Mary à choisir une robe seyante, Mary qui, reconnaît-elle, utilise le peu d'argent qu'elle possède de façon moins égocentrique qu'elle-même ("the contrast was an unconfortable one and I didn't wish to dwell on it")(elle voit le contraste mais ne veut pas s'y appesantir) ou quand elle observe Miss Limpsett, une collègue de son mari.

Tout ce petit monde évolue sous nos yeux, pour notre plus grand plaisir, c'est vif, bien croqué, absolument sans longueur; j'avoue avoir pris aussi du plaisir à voir quelques attentes de Wilmet un peu déçues (ah Piers!!!) et  mon petit coeur a aimé le happy end pour Mary.

On boit pas mal d'alcool là-dedans, pour changer, mais tea first!
"I have often noticed that preoccupation with teapots is a good way of covering embarrassement." (s'occuper des théières est un bon moyen de camoufler l'embarras)

"Do you know, Wilmet -the dark eyes looked so seriously into mine that I wondered what horror was going to be revealed next - he hadn't even got a teapot?
Goodness! How did he make tea, then?
He didn't - he never make tea! Juste fancy!"
(l'horreur suprême, Piers ne possédait pas de théière)(et Pym est drôlement maligne et moderne, le bouquin date de 1958 -non, je ne parle pas de théière, là -lisez le roman)

Mois anglais chez lou et cryssilda
Pour les fans, voici une liste (merci wikipedia)
  • Comme une gazelle apprivoisée (Some Tame Gazelle) (1950)
  • Des femmes remarquables (Excellent Women) (1952)
  • Jane et Prudence (Jane and Prudence) (1953)
  • Moins que les anges (Less than Angels) (1955)
  • Une corne d'abondance (A Glass of Blessings) (1958)
  • Les ingratitudes de l'amour (No Fond Return Of Love) (1961)
  • Quatuor d'automne (Quartet in Autumn) (1977)
  • La Douce colombe est morte (The Sweet Dove Died) (1978)
  • Un brin de verdure (A Few Green Leaves) (1980)
  • Adam et Cassandra (Civil To Strangers) (écrit en 1936, publication posthume en 1987)
  • Crampton Hodnet [Id.] (roman écrit vers 1940, publication posthume en 1985)
  • Une demoiselle comme il faut (An Unsuitable Attachment) (écrit en 1963, publication posthume en 1982)
  • Une question purement académique (An Academic Question) (écrit en 1970-1972, publication posthume en 1986)

vendredi 23 juin 2017

L'invitation à la vie conjugale

L'invitation à la vie conjugale
Invitation to the Maried Life
Angela Huth
Quai voltaire, 1998
Traduit par Christine Armandet et Anne Bruneau



J'avais sur cet auteur un a priori plein de neutralité calme, genre c'est sympa sans plus. Mais, mois anglais, oblige, c'était le moment de tester. Alors?

Toby Farthingoe passe ses journées à créer des programmes dans son bureau en haut de sa vaste demeure, et ses nuits à guetter les blaireaux dans le jardin, ce qui laisse son épouse Frances esseulée. Il va falloir aussi qu’elle saisisse que Ralph, dont elle est éprise, ne l'aime plus depuis longtemps. Ralph, lui, est éperdument amoureux d'Ursula, qui avec Martin Knox forme un beau couple heureux. Les parents d'Ursula, Mary et Bill, mariés de puis des décennies, forment un couple attachant et soudé. Rachel et Thomas Arkwright , ne s'entendent plus trop, Thomas ayant des aventures de ci delà.
Tous ce monde (et bien d'autres), vont se retrouver quelques mois plus tard dans la propriété de Farthingoe pour une magnifique réception!

On peut avoir l'impression d'avoir déjà lu cent fois de telles histoires, mais croyez-moi, il y a la touche Angela Huth qui transforme tout. Quelle idée fabuleuse de donner à Rachel l'envie et la possibilité de dormir des heures dans sa chambre l'après-midi, son petit plaisir secret! (le bonheur) Ses personnages ne sont pas forcément aimables, mais elle les rend ainsi, avec leurs faiblesses, leurs remords. Mille petits détails montrent l'amour entre mari et femme (s'il est vivace) ou bien les petites étincelles vivotant encore, même s'il ne s'agit peut-être que d'affection sans passion aucune, juste être gentil. Il y a l'ironie de la vie, avec les rencontres ou les retrouvailles de tous, pas de méchanceté, et cela se lit avec un immense plaisir.

Les avis d'Antigone, sur Lecture Ecriture,

Dans le mois anglais chez Lou et Cryssilda

mercredi 21 juin 2017

Les exilés du Paradis

Les exilés du Paradis
Brigitte Adès
Portaparole, 2017



L'auteur est journaliste (pour faire court, et voir le site), et connaît bien les thèmes présents dans ce roman.

A 24 ans, Farhad, issu d'une famille iranienne aisée ayant dû s'exiler, termine de brillantes études aux Etats-Unis, pour lesquelles il mène des recherches en Iran et en Angleterre. En Iran et particulièrement à Téhéran et Ispahan, il renoue avec ses racines, ramenant un vieux manuscrit familial sur l'histoire de la secte des Assassins, dont les agissements peuvent rappeler celui des terroristes actuels. En Angleterre, il va retrouver Réza, son ami d'enfance, engagé par une fondation finançant discrètement des mouvements intégristes. Réza en est-il conscient?
Par ailleurs Farhad organise des groupes de réflexion pour les musulmans d'Angleterre ignorant le contenu du Coran, espérant que la connaissance sera le rempart des dérives.

Au travers du roman se dessinent les problèmes posés aux exilés ("désormais il avait le choix entre n'être jamais à l'aise nulle part ou s'efforcer d'être bien partout") et les réponses différents données aux communautarismes, en Angleterre et en France notamment. Des réflexions  tout à fait d'actualité, particulièrement au vu des événements récents en Angleterre.

Un roman utile donc pour prendre conscience des difficultés des immigrants en Angleterre (Pakistanais, etc.). La lutte de Farhad serait-elle réalisable en réalité? Existe-t-elle déjà? Je l'ignore, c'est peut-être une piste. Voilà pour le fond, très intéressant.

La forme romanesque est sans doute un bon moyen de présenter des idées, mais j'ai eu du mal à saisir Farhad, pour lequel tout se déroule trop bien et trop vite. Rencontres, rendez-vous, cela va vite, cela réussit. En peu de temps. Même les trois 'terroristes' pressentis abandonnent bien vite leur place.
L'objet livre lui-même est très soigné, avec les rabats, le papier crème et une jolie couverture évoquant la mythologie perse; c'est donc dommage qu'il y ait quelques imperfections, virgules un poil aléatoires parfois et un 'il se rongeait le sang' qui m'a étonnée.

"Le mot 'paradis' venait de 'pairidaeza', un ancien mot perse qui signifiait jardin."


lundi 19 juin 2017

Where Angels Fear to Tread

Where Angels Fear to Tread
Monteriano
E.M. Forster
Penguin Book 1976
Paru en 1905


Premier roman paru de Forster, Monteriano a en fait grillé la politesse à Vue sur l'Arno, commencé avant et laissé de côté (pour un temps). Pour ce mois anglais, j'ai replongé chez Forster, avec plaisir, et, cette fois encore, étonnement.

Bien sûr l'on retrouve l'Italie chère à l'auteur, et au moins trois des personnages tombent sous le charme du pays, charme puissant et agissant insidieusement, au point de les transformer. Philip a tellement vanté ce pays que sa belle-soeur Lilia, récemment veuve avec une petite fille, y est partie pour un court séjour, dûment chaperonnée par Miss Abbott (plus jeune qu'elle d'ailleurs, mais plus fiable).
Mais las! shoking! elle s'amourache d'un italien plus jeune qu’elle de douze ans, fils de dentiste, sans occupation bien définie...
Après quelques événements que je ne raconterai pas, l'on retrouve Philip, Miss Abbott et Harriett, soeur de Philip, chargés de régler à Monteriano quelques grosses conséquences du mariage Gino-Lilia. Ces italiens ne sont sûrement pas à la hauteur des anglais, n'est-ce-pas? D'où, action!

Quand Forster égratigne les anglais bien pensants et campés sur leur supériorité (comme Harriett qui résistera jusqu'au bout à l'influence délétère de l'Italie) c'est franchement amusant, mais l'affaire prend tout au long du roman un tour plus tragique pour se terminer par un extraordinaire dialogue entre Philippe et Miss Abbott (je l'imagine en ange, d'ailleurs), ces deux-là ne cessant d'être transformés par leur incursion en Italie.

Je recommande chaudement cette lecture épatante et inattendue, que j'espère n'avoir pas divulgâchée, et garde un souvenir réjoui du passage où les trois anglais assistent à une représentation pas franchement guindée de Lucia di Lamermoor.
Vue des tours de San Giminiano https://fr.wikipedia.org/wiki/San_Gimignano

Les avis de Dominique (oui, Dominique, il faut lire ce roman sans rien en savoir, pour écrire mon billet j'ai lu certaines présentations, et franchement, on se moque du lecteur en racontant absolument tout! La tienne est parfaite) et sur Lecture/Ecriture (celle de Mango aussi)

"Oh, the English! They are always thinking of tea."